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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 Le musée de l'homme

Le musée de l'homme

François NOURISSIER

Editions Gallimard - 297 pages - collection Folio

Et ta critique ?




Ouvrons un peu au hasard un vieux millésime du barbu des lettres françaises, disons un 1978, par exemple.


Il s’agit d’un récit. L’éditeur ne l’a pas rebaptisé « roman » pour lui faire courir les prix littéraires, Il est vrai que son auteur est déjà membre du jury Goncourt, alors… Mettons-y notre nez. Mmm, il semble avoir bien vieilli.

Tout commence, comme souvent chez François Nourissier, par une crise, en l’occurrence une longue période de stérilité littéraire. Cette forme de maladie, comme plus tard un Parkinson autrement dramatique, lui inspire les premières pages et le sujet d’un livre dont il nous fait partager l’ébauche et la rédaction, quand nul ne sait encore si tout cela ne finira pas à la corbeille.
 
Le Musée de l’homme se présente comme un bilan en forme de rétrospective, d’un demi-siècle de carrière littéraire et de vie de famille, celle de ses parents d’abord, puis la sienne. Passage obligé par des salles du musée déjà visitées dans de précédents ouvrages, comme celle de la mort du père, en pleine séance de cinéma. La république des lettres, les amours, les chiens, les maisons, les enfants donnent lieu à de nouveaux développements, le regard du quinquagénaire se pose avec une acuité nouvelle sur ces épisodes narrés maintes fois, ces portraits dessinés à d’autres époques. Cœur froid, œil sec, l’écrivain nous dévoile les impudeurs du quotidien, c’est un peu sa marque de fabrique. Mais il a le génie du banal, et on ne s’ennuie pas un instant à regarder par le petit trou de sa serrure.

« Je n’essaie pas d’être à tout prix original : je veux seulement comprendre. » (page 223) C’est relativement faux, et pour notre bonheur Nourissier ne tient pas la promesse écrite plus tôt, dans les premières pages, de renoncer aux effets de style. Au contraire, il s’en donne à cœur joie, comme à son habitude, dans un mélange allègre de tenue et de relâchements argotiques. On oublie trop aujourd’hui combien il est un magnifique styliste, avec l’air de ne pas y toucher.
Par moments, la cruauté de l’auto-flagellation prend un relief inattendu, à plus de trente ans de distance : « Ma santé d’aujourd’hui, entretenue par tant de précautions, me destine sans doute à d’affreux pourrissements » (page 295). En effet.

En conclusion, non seulement ce récit de François Nourissier a vieilli comme un grand bordeaux, mais il nous fournit un bel exemple de ce qu’un grand chef éclairagiste peut tirer de la grisaille des images anciennes.

Une leçon à méditer pour un Beigbeder aujourd’hui : on peut raconter sa famille, retracer sa vie, avec talent .


Philippe B Muller

© Etat-critique.com - 19/03/2010