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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Le merveilleux magasin de Mr Magorium

Le merveilleux magasin de Mr Magorium

Zach HELM

Avec Dustin Hoffman, Nathalie Portman, Jason Bateman et Zach Mills Metropolitan filmexport - 13 février 2008 - 1h30

Et ta critique ?




Encore une production calibrée pour le jeune public avec son lot d’imagerie colorée et de bons sentiments dégoulinants, vous direz-vous. Certes. Mais quand le propos réussit à être sincère tout en restant divertissant, pourquoi ne pas se laisser séduire ?


Attention, ce film fait peur. Avant même la scène d’introduction, quand apparaissent les mots « Walden Media » à l’écran. Les moins avertis reconnaîtront les producteurs de la franchise adaptée des Chroniques de Narnia. Les autres reconnaîtront la société anciennement nommée « Anschutz Film Group » dont le fondateur est un évangéliste conservateur pour lequel Dan Brown, l’auteur du Da Vinci Code, aurait rêvé de faire une biographie.

Le parti pris de cette maison de production étant de proposer aux jeunes générations des produits à forte valeur religieuse ajoutée, un petit frisson parcourt alors l’échine du spectateur, inquiet quant à la portée prosélyte du film. On regarde alors ses chères têtes blondes de l’autre côté de l’accoudoir, craignant des velléités soudaines de devenir président des Etats-Unis à la sortie de la projection. Dans le meilleur des cas.

C’est donc le regard perçant, cherchant le moindre propos religieusement correct, que l’on entre dans le long-métrage. Afin de vous éviter la douloureuse quête d’un sachet d’aspirine à la sortie du cinéma quand toutes les pharmacies sont fermées, autant vous rassurer tout de suite : il n’y a rien de tendancieux dans le sous-texte d’une histoire d’un magasin de jouet possédé par un illuminé aux sourcils broussailleux.

Nul doute que certaines personnes (les mêmes qui pensent que l’affaire Roswell a été camouflée par l’armée américaine et que l’homme n’a jamais marché sur la lune) y trouveront matière à persiflage, mais dans l’ensemble le produit correspond à l’emballage : mignonnet et gentil.

On pourra toujours dire que les inspirations du film (Toys avec Robin Williams et la (future) trilogie Toystory) lui restent supérieures, que Dustin Hoffman force le ridicule en jouant sur un défaut de prononciation, que Natalie Portman semble parfois perdue, que la vision du comptable frigide qui va réveiller l’enfant qui sommeille en lui est un peu facile, que la construction est classique et sans surprises et que la morale (l’essentiel est de croire en soi) passe difficilement tant elle est éculée. Mais cela reste peu de choses en regard des qualités certaines du film.

La réalisation est de bonne facture grâce notamment à des effets spéciaux qui restent discrets et qui donnent du relief au récit. L’absurde participe de beaucoup à l’onirisme, incitant à la rêverie et permettant de traiter des thèmes difficiles comme la mort et la quête identitaire qui sont évoqués avec dignité et poésie.

Réussissant à parler à notre part d’enfance enfouie, en même temps qu’à celle de nos petiots, parfois elle-aussi écrasée par une société cynique et matérialiste qui les considère plus comme un groupe de consommateurs que comme des adultes en devenir, le magasin merveilleux de M. Magorium est un divertissement assumé qui, un peu à la manière des Pixar mais sans les égaler, reste aussi délectable pour les enfants que pour les adultes accompagnateurs.


Vincent Valat

© Etat-critique.com - 11/02/2008