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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 Le livre muet

Le livre muet

Sébastien DOUBINSKY

Le Cherche-Midi - 170 pages

Et ta critique ?




Promenades à vespa, personnages hauts en couleurs, baignades dans des endroits épargnés par le tourisme. Si vous ne pouvez pas partir en vacances tout de suite, lisez Le livre muet, cela vous dépaysera et vous en sortirez amélioré.


Voilà presque 14 ans que Sébastien Doubinsky a vu son premier roman publié chez Actes Sud. Depuis, il élabore une œuvre qui compte au moins six romans, mais également des poèmes et des contes.

Doubinsky a deux qualités qui ravissent le cercle de ses lecteurs. Tout d’abord, émule de Blaise Cendrars autant que d’Henry Miller ou de Lawrence Durrel, chaque nouveau roman nous fait découvrir un univers, un ou des lieu(x). Ecrivain voyageur, Doubinsky arpente les territoires d’Europe et d’Amérique autant que les territoires de l’imaginaire. Avec lui, place à la découverte et halte au ronron de l’autofiction où l’on conjugue "moi je" sur tous les tons.

Ensuite, Doubinsky est un narrateur-né. Son style souple où les métaphores se font félines, prend le  lecteur par le col et ne le lache pas. L’auteur sait raconter une histoire et envoûter le lecteur. Si nous étions un prince arabe, il serait certainement Shéhérazade.

Le livre muet est certainement une date dans son œuvre car le roman permet à l’auteur de dévoiler une humanité torturée, frémissante autant qu’exaltée.

A priori, il y a du Kafka ou du Buzzati dans le sujet tel qu’il est abordé : Alessandro Salomonsen est envoyé par son gouvernement à Santo Domenico, la plus petite des Iles Eoliennes afin de mesurer un territoire appelé le Vieux, un cratère gris. Tout se ligue contre son travail. Son matériel est envoyé ailleurs et il doit attendre de le récupérer.

Bref, alors qu’il comptait boucler son boulot en quelques jours, il se retrouve dans une situation de latence et commence à regarder autour de lui. C’est à ce moment que le roman prend toute sa dimension.

Salomonsen est un homme malade, atteint d’un cancer et qui n’a que quelques mois à vivre. Mais la situation dans laquelle il est placé, l’amène à se demander s’il a vraiment vécu ou si, comme nombre de gens, il n’a pas été la plupart du temps en pilotage automatique.

Salomonsen va faire d’autres découvertes, vivre des aventures dont nous vous laissons la primeur. Sachez toutefois qu’il apprendra à regarder le monde, lui-même et les autres de façon différente. Buzzati et Le désert des Tartares est en toile de fond, mais Sébastien Doubinsky oscille entre l’humoir noir ou absurde (un moment son personnage rêve qu’il regarde la télé en compagnie de Joseph Staline) et le roman d’apprentissage.

Et ce qui est beau, c’est qu’il s’agit de l’apprentissage de la vie par un homme de 40 ans. Il n’y a pas d’âge pour apprendre. Et si nous faisions comme Salomonsen, si nous ne nous endormions pas sur nos préjugés et si nous nous réveillons pour de bon ?


Philippe Sendek

© Etat-critique.com - 13/05/2007