Robert Zemeckis poursuit ses recherches techniques et oublie peut être de faire du cinéma. Son nouveau projet numérique est aussi passionnant qu’une cinématique pour jeu vidéo. On est loin des quelques classiques que le cinéaste nous a offerts.
Robert Zemeckis est un type qui a du cœur. Depuis qu’on lui a donné les moyens, ce réalisateur nous a donné beaucoup de plaisir. Malgré ses défauts, sa trilogie de Retour vers le futur est plus facile à digérer que certaines sagas que l’on nous a vendues mollement.
Depuis quelques temps, le technicien a pris le pas sur l’auteur. Zemeckis est un ersatz brillant de Spielberg. Il connaît les goûts du public mais il reste obsédé par des manœuvres techniques sans maîtrisé le goût du public. Un peu comme Joe Dante (qui lui préfère pervertir la série B) , il ressemble à Spielberg mais il n’a pas le contrôle de son pouvoir de sympathie.
Zemeckis est un faiseur. Très compétent et son nouveau film le prouve. Il y a des plans séquences qui sont tout simplement hallucinants. Il ne faut pas s’étonner de le voir s’intéresser à la mythologie quand on voit ce qu’il peut faire avec des ordinateurs.
La légende de Beowulf, comme son précédent film, est un film entièrement géré par ordinateur. Il se permet des idées de mise en scène affolantes. Son film raconte l’histoire – pathétique – d’un héros, et il donne, avec l’aide de l’informatique, un ton réellement épique et spectaculaire.
Dans La légende de Beowulf, l’émerveillement est au rendez vous. On redécouvre une narration autour d’un thème classique, qui n’a rien à voir avec le film qui a inspiré une bouse sans nom avec Christophe Lambert ou le film maudit de John McTiernan, le 13e guerrier.
Beowulf est donc un viking, fier de ses exploits, qui part dans le Danemark pour affronter un monstre qui s’acharne sur une communauté de pêcheur. Son combat restera célèbre mais le soldat paiera cher le prix de sa victoire…
C’est noble comme du Shakespeare mais hélas, avec sa condition d’œuvre numérique, le film est aussi touchant qu’un intro cinématique pour un jeu vidéo. Les voix sont divines (celles d’Anthony Hopkins, Ray Winstone et beaucoup d’autres) mais les corps sont toujours trop statiques ou pixellisés.
On finit donc par s’ennuyer devant la débauche d’effets techniques qui amènent si peu d’émotions. On admire le travail mais on oublie l’histoire, si facultative. Zemeckis se laisse aller à sa passion de la nouveauté technique et son film apparaît comme un travail d’artisan hors pair.
Le film ennuie. C’est extrêmement paresseux et finalement, on devine juste le plaisir qu’a pu prendre l’équipe du film. Notre plaisir, lui, doit juste être une légende pour ces gens là.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 23/11/2007