Serge Clerc revient sur l’histoire du magazine Métal Hurlant dont il fut un auteur phare. Ne vous attendez pas à un témoignage nostalgique, mais à une épopée délirante et un vibrant hommage à la culture populaire.
Serge Clerc fut l’un des piliers de la revue de bande dessinée Métal Hurlant. Pour ceux qui l’ignorent, ce magazine mythique des années 80 mêlait rock, cinéma et science fiction. On y lisait aussi bien Moebius, Druillet ou Margerin que des chroniques de Philippe Garnier.
La vie de Serge Clerc fut intimement liée à celle du journal. Embauché par son fondateur Jean-Pierre Dionnet à l’âge de 17 ans, il y œuvra pendant 12 ans, élaborant un style graphique proche de la "ligne claire".
Il raconte ici ses années d’apprentissage en parallèle avec l’histoire du magazine. On apprend ainsi que le dessinateur rencontra Philippe Manœuvre et Jean-Patrick Manchette, grâce auxquels il découvrit le rock et le roman noir. Ou que sous l’influence d’Yves Chaland, il choisit d’épurer son trait et de croquer ses personnages comme ceux de la bédé franco-belge des années 50. On apprend aussi les relations entre les dessinateurs, l‘arrivée du punk, les déboires financiers du journal et son déclin lié, entre autres, à la télévision…
Point n’est besoin d’avoir été lecteur de Métal Hurlant, ni de connaître Serge Clerc (dont l’œuvre est un peu oubliée) pour apprécier cet album. Car le dessinateur transpose la vie du journal en une saga délirante où le rêve se mélange à la réalité. On y croise des pin-ups, des robots, des privés en impers et des aventuriers de l’espace. Le tout dans un univers qui rappelle le film hollywoodien de l‘âge d‘or. Comme si l’auteur rendait hommage à la culture populaire. Celle qui, justement, fut exaltée dans Métal Hurlant.
On se régalera du graphisme un peu désuet de l‘album, qui fait évoluer des personnages élégants (Serge Clerc reconnaît être obsédé par le "beau pli de pantalon") dans de magnifiques décors art-déco.
Enfin, de multiples digressions, sous la forme de pochettes de disques ou de couvertures de bédés, jalonnent le récit. Ce qui en rend la lecture passionnante, mais nécessite un effort d’attention de la part du lecteur.
Gilles Sendek
© Etat-critique.com - 09/05/2008