Voilà un roman décevant compte-tenu des possibilités offertes par le sujet. Situé le jour de la seconde élection de Jacques Chirac, ce roman ne tient pas ses promesses et la dynamite se transforme en chamallow.
Laurent Bénégui est le genre d’homme qu’on respecte et dont on n’a pas envie de dire du mal. Il multiplie les casquettes : romancier depuis 1989 avec Caramelle, scénariste et réalisateur avec Au petit Marguery, roman devenu film avec Jacques Gamblin, Stéphane Audran et Michel Aumont. Producteur avec la société Magouric de films originaux et importants (Xavier Durringer, Jacques Maillot, Gael Morel).
Bref, Laurent Bénégui jouit d’un préjugé favorable même si tout ce qu’il fait n’est pas également réussi (le film Mauvais genres avait tendance à partir dans tous les sens). En commençant la lecture du Jour où j’ai voté pour Chirac, le lecteur se dit : - Chic, je vais surement passer un bon moment !
Et il est certain qu’on ne s’ennuie pas en lisant ce roman, sans toutefois être victime d’un rythme trépidant. Là où l’on pouvait s’attendre à une comédie débridée, on s’alanguit devant une comédie sympa, bénéficiant d’un bon esprit qui ne suffit pas… A étouffer quelques baillements devant quelques longueurs.
Il y a beaucoup trop de romans qui sortent en France, le sommet du ridicule étant atteint en septembre où l’on envoie à l’abattoir, c’est-à-dire au pilon, des centaines de romans avec ce qu’ils représentent d’espoir en amont et de frustration en aval pour le romancier.
Et sur tous ces romans qui paraissent, souvent dans l’indifférence polie quoique générale, il y a beaucoup de romans sympas mais qu’on aurait pu davantage structurer pour soutenir l’attention et l’intérêt du lecteur. Pour parler clairement, il y a des directeurs littéraires qui font très mal leur travail, ou qui croient bien le faire, ce qui revient au même.
Et des gens biens comme Laurent Bénégui patissent de ce que personne n’ait osé lui indiquer la marche à suivre pour faire de son bouquin, un super bouquin qui se vende en centaines de milliers d’exemplaires. Ce qui est toujours plus intéressant qu’une indifférence polie.
L’histoire est plaisante : le jour du second tour de l’élection présidentielle de 2002, Laurent Steinitz, auteur de polars, n’a aucune envie d’aller voter pour Super-Menteur. Or, au terme de maintes péripéties, il s’avèrera que ce jour marquera le début d’une grande histoire d’amour et qu’il finira par voter pour Chirac.
Quand on lit ce roman, on entrevoit la possible adaptation que Bénégui pourrait en faire au cinéma. Mais il faudrait la doper au Guronsan. Ce livre de 268 pages aurait gagné à être amputé de 50 à 100 pages. Nous y aurions gagné en rythme et en alégresse. Et qu’aurait-il fallu sabrer ? Une certaine complaisance où l’auteur se regarde écrire et où on sent qu’il trouve ce qu’il fait vachement bien.
Si ce travail avait été fait, Laurent Bénégui eut pu prétendre au titre de Nick Hornby Français, c’est-à-dire être un de ces auteurs hyper doués pour croquer l’air du temps et tresser des intrigues qui nous font rire autant qu’elles nous émeuvent.
Dans le même ordre d’idées, quelqu’un devrait dire à Laurent Bénégui qu’il est extrêmement doué lorsqu’il s’agit d’évoquer sa famille et qu’il devrait peut-être écrire et tourner la suite du Petit Marguery…
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 26/06/2007