Darina al-Joundi est comédienne. Elle a écrit et joué au dernier Festival d’Avignon l’histoire de sa vie dans un Liban déchiré par la guerre civile.
Ce spectacle, Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter, est repris dans un livre co-écrit avec Mohamed Kacimi et édité en ce début d’année chez Actes Sud. Parallèlement le spectacle est en tournée à travers la France.
Dans ce récit, Darina al-Joundi rend d’abord hommage à son père, pour qui la liberté n’était pas négociable. Journaliste écrivain d’origine syrienne, il a enseigné à ses trois filles qu’il est interdit d’interdire et que rien n’est plus cher que la liberté.
Pour ne pas aliéner sa liberté, il les a incitées à rejeter toute religion. Quel exemple que ce père, poursuivi dans son pays qui dit à ses filles en parlant de personnes priant devant une mosquée : "Mes filles, regardez comme ils sont prosternés. Vous, vous ne donnerez jamais votre cul au ciel. Aux hommes, tant que vous voudrez mais pas au bon Dieu. Vous avez le droit de boire, de sortir, de perdre votre virginité, de tomber enceintes, mais je le répète, je ne veux voir personne prier ou jeûner chez moi !"
Mais il admirait tout de même le Christ car il le trouvait aussi beau que Guevara et "qu’un type qui transforme l’eau en vin ne peut pas être foncièrement mauvais."
Mais Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter retrace également à travers le destin de Darina, celui du Liban et de ses multiples guerres, de sa violence. Les jeunes qui ont grandi dans ce Liban déchiré, entre les bombes et les assassinats, recherchent cette violence et n’ont plus aucun tabou : sexe, drogue, soumission, homosexualité, roulette russe… Darina al-Joundi va tout expérimenter, sans être jamais ni rassasiée, ni apaisée.
Cependant, à la mort de son père, la société libanaise va tenter de se venger de cette insoumission - et ce qui est le plus dérangeant et le plus triste avec la complicité de sa propre mère -, en l’enfermant dans un hôpital psychiatrique et en l’avilissant.
Darina doit feindre l’obéissance pour réussir à sortir et prendre le premier avion… qui l’emmène à Paris qu’elle ne quittera plus.
Le jour où Nina Simone a cessé de chanter est un livre tendre et fou, épuré à l’extrême et d’une violence inouïe. Il est une ode à toutes les femmes qui refusent de se soumettre et à toutes celles qui n’ont pas le choix et dont la liberté est entravée dès la naissance.
Mohamed Kacimi le résume ainsi : "La vie roman de Darina raconte aussi l’histoire insensée de ce Liban qui jubile en tems de guerre et s’effondre en temps de paix, tout comme elle dit combien est vulnérable la liberté de la femme, qui restera à jamais une langue étrangère aux yeux de l’homme."
Un très beau livre.
Véronique Cazaubiel
© Etat-critique.com - 20/05/2008