Une belle plongée dans la ruralité avec ses moments de tendresse et de joie sur lesquels flotte, malgré tout, l’ombre pesante de la mort. Un sujet visiblement maîtrisé qui fait plaisir à voir.
« Les vieux s’endorment un jour et dorment trop longtemps » chantait Jacques Brel. C’est le triste constat de nos campagnes qui voient fuir les jeunes au profit de régions moins isolées et plus dynamiques. Antoine est né et a été élevé dans un petit village de la Drôme. A sa majorité, il abandonne comme tant d’autres sa famille pour monter à Paris, loin de ces contrées qui d’après lui sentent la mort.
Victime d’un accident cardiaque, son père est contraint de laisser l’épicerie familiale à sa femme pendant sa convalescence. Pour assurer la tournée des petits villages alentours, Antoine accepte de revenir sur les lieux de son enfance, accompagné de sa charmante voisine en quête d’air pur.
Le fils de l’épicier est avant tout une fable sur le lien social. Le réalisateur avait déjà tourné plusieurs documentaires sur ces véhicules de commerce qui sont les seuls à briser l’isolement dans les régions désertées. Car plus qu’une relation d’affaires, ces commerçants représentent souvent les seuls contacts avec l’extérieur.
Nous assistons donc à la métamorphose d’un jeune parisien tristounet (pléonasme s’il en est) en sauveur des campagnes, épanoui dans son camion. On ressent un peu le fantasme de l’auteur face à la désolation croissante dont sont victimes ces départements dont seuls Jean-Pierre Pernaud et quelques autres connaissent l’existence. Qu’importe si l’histoire appartient à la réalité ou non, car on se prend aussi à rêver à ces vastes étendues silencieuses rougies par le soleil.
Les acteurs sont très bien dans le ton (beaucoup de petits vieux jouent leurs propres rôles avec une fraîcheur indescriptible) et on rentre très vite dans le récit. L’histoire d’amour, quelque peu superficielle, ne permet que de rendre compte des difficultés de la vie rurale et amoindrit quelque peu la force du récit. L’ensemble reste à dimension humaine et c’est tout ce que l’on demande finalement.
On se sent malgré tout impuissant face à un tel film, un peu comme devant une publicité pour la SPA qui fait naître une aspiration philanthropique qui est malheureusement vouée à disparaître tout aussi vite. Mais peut-être n’est-ce pas là la portée du message. Éventuellement faut-il y voir le début d’une réflexion lancée à tout hasard pour parler un peu du futur et de ce que l’on peut y perdre. Cela ne peut pas faire de mal à défaut de susciter des vocations.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 17/08/2007