Comme les meilleurs westerns, ce roman parle de la mort d’un monde ancien et de la naissance d’un nouveau, qui n’augure rien de bon. Le récit habité d'une tragédie antique !
Le feu sur la Montagne, que vient de publier l’éditeur Gallmeister, date du début des années 1960 et devrait déjà être enseigné à l’école comme un classique. Il y a dans cette histoire simple une part d’intemporalité qui la transforme autant en conte qu’en récit mythique.
L’histoire est linéaire : Billy Starr, un jeune garçon de douze ans, vient aider son grand-père, John Vogelin qui s’occupe d’un ranch au Nouveau-Mexique. Pour Billy, il s’agit de passer des vacances avec un grand-père qu’il adore et admire. Mais L’Etat fait des essais de missiles sur les territoires désertiques du Nouveau-Mexique et a décidé d’exproprier Vogelin, qui déclare la guerre au gouvernement et reste sur ses terres pour la simple et bonne raison qu’il y a toujours vécu.
A cette description du combat du pot de terrre contre le pot de fer, vient se superposer le personnage de Lee Mackie, un ancien cow-boy du ranch de Vogelin, qui a choisi de vivre en ville mais reste fidèle aux valeurs pronées par Vogelin. Lee représente l’homme idéal que Billy souhaite devenir.
Edward Abbey connu pour avoir écrit Le gang de la clef à molette, un polar culte paru dans les années 1970, ainsi que pour ses idées bien trempées, use d’une écriture simple, imagée, minérale. Cette écriture nous transporte sur une terre assoiffée d’eau et brulée par le soleil . Elle illumine le combat d’un homme débordé par son temps et figé dans une attitude Donquichottesque dont on pressent qu’elle est la seule viable pour qui prétend préserver son intégrité.
S’il était chercheur d’or, Gallmeister aurait fait fortune en trouvant plusieurs pépites d’or. Ce livre en est une et on ne saurait trop conseiller de l’acheter, séance tenante. Après tout, qui cracherait sur un roman situé exactement entre Hemingway et Harrison. Sous le soleil exactement, juste en dessous. Comme disait l’autre.
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 15/02/2008