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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 Le fantôme de la rue Royale

Le fantôme de la rue Royale

Jean-François PAROT

10/18 - 344 pages

Et ta critique ?




Troisième volume de la série, Le Fantôme de la rue Royale est fidèle à l’écriture et au talent de Jean-François Parot, un polar redoutable par la plume et la langue utilisée.


Depuis les deux premiers volumes, L’énigme des Blancs Manteaux et L’homme au ventre de plomb, Parot ne cesse d’étonner et d’avoir du succès auprès des lecteurs. Et pour cause, quelle curieuse folie du XXIe siècle que d’espérer fait revivre un enquêteur du XVIIIe ! Si l’idée a pu être réalisée au cinéma comme dans Le pont du roi Saint-Louis ou encore Sleepy hollow, peu de plumes arrivent à la hauteur du style de Parot, même dans des films comme Beaumarchais ou Ridicule.

Jean-François Parot excelle toujours dans le récit des scènes de joute orale. Le niveau de langue réjouit l’esprit et la fine description du vieux Paris fait rêver.

Pour l’heure, Nicolas Le Floch, marquis de Ranreuil, assiste, en compagnie de son ami chirurgien Semacgus au feu d’artifice sur la place Louis XV - organisé par une autre police que la sienne - en l’honneur du mariage du dauphin. Mais voilà, l’incompétence du prévôt de Paris et de ses services provoque un drame. La cohue et les mouvements de panique d’une foule effrayée par l’incendie d’une fusée tuent des milliers de gens. Carrosses renversés, victimes écrasées. Le Floch, témoin de la scène, est par ailleurs retardé dans les premiers secours par une porte verrouillée derrière lui. Coup monté pour le déstabiliser ?

Au milieu des cadavres, Semacgus repère une jeune femme tenant dans la main une perle noire et ayant des marques de strangulation. Nicolas demande alors à son supérieur Sartine l’autorisation d’enquêter sur la mort de cette jeune femme, une couverture efficace pour pouvoir établir les responsabilités de la tragédie. Un arbre pour cacher la forêt. Mais voilà que la mort de la femme se retrouve liée à un autre mystère. D’étranges phénomènes démoniaques ont lieu Rue Royale chez un pelletier nommé Galaine... Informé, Louis XV charge Nicolas de résoudre rapidement l’affaire afin de ne pas affoler davantage un peuple déjà traumatisé. Sur fond d’exorcisme et de rivalités de cour, Nicolas va alors devoir explorer toutes les arcanes d’une intrigue plus qu’alambiquée.

Bourdeau, son fidèle inspecteur, sera de la partie. Parmi les rencontres, Restif de la Bretonne qui ne manquera pas de rappeler ses goûts pour les pieds minuscules des femmes et sa crainte des créanciers. Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, Marie-Madeleine Guimard, danseuse dont Parot s’inspire à travers des écrits historiques tels que les Mémoires secrets de Bachaumont : il insère directement un Air de La Borde en fin de chapitre. Puis les personnages fictifs déjà présents dans les deux tomes précédents, La Paulet, tenancière de maison galante, qui utilise des expressions impropres et décalées pour une scène théâtrale d’une drôlerie mémorable.

Le polar a une intrigue classique et quelque peu maladroite parfois dans la forme, l’exposé de le Floch en fin d’ouvrage n’en finit pas de rassembler les éléments de l’intrigue. Les personnages même s’en mêlent, Sartine conscience déguisée de Parot, demande à Le Floch de conclure rapidement, de peur peut-être d’ennuyer le lecteur. Quoi qu’il en soit, pour tout ce paysage mêlé de références historiques et littéraires, le livre mérite amplement d’être lu. A lire. Sourire en coin assuré.


Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 14/07/2008