Retour au film noir pour Alain Corneau avec une nouvelle adaptation du roman éponyme de José Giovanni. Casting de luxe pour une superproduction à la hauteur de ses ambitions.
Deuxième vie pour Le deuxième souffle,adapté une première fois il y a quarante ans par Jean-Pierre Melville. A l'époque, Lino Ventura et Paul Meurisse étaient les têtes d'affiche, mais la vision de Melville n'était pas celle de Giovanni et les deux hommes n'avaient pas conservé un excellent souvenir de l'expérience.
Après en avoir parlé des années durant avec l'auteur (décédé en 2004), imaginant tour à tour de déplacer l'action à une autre époque ou dans d'autres lieux (aux Etats-Unis, par exemple), Alain Corneau a donc relevé le défi de la fidélité et décidé de reprendre tous les ingrédients de l'oeuvre originale pour redonner vie à une époque de longue date révolue, celle des "truands d'honneur".
Avec une distribution extraordinaire de justesse et des moyens considérables, Alain Corneau réalise un grand film de genre... malgré tous les "défauts" inhérents à ce type de projet : esthétisme exacerbée, action chorégraphiée, dialogues millimétrés...
On est ainsi au coeur de l'époque (fin des années 50) et au coeur de l'action dès la première scène. Gu (Daniel Auteuil), célèbre et dangereux gangster condamné à perpétuité, s'évade de prison. Son seul désir : s'enfuir à l'étranger avec Manouche (Monica
Bellucci), la femme qu'il aime. Pour cela, il a besoin d'argent et accepte de participer à un dernier hold-up. Le coup réussit, mais Gu se fait piéger par la police et passe pour un "donneur" aux yeux de ses complices. Pour laver son honneur, il prendra tous les risques.
La reconstitution du Paris et du Marseille de l'époque (les intérieurs sont extraordinaires), la complexité d'un milieu étouffant où les explications se terminent en fusillades, la peur permanente dans laquelle vivent ces hommes et ces femmes, le respect qui s'instaure entre certains flics et certains voyous... Rien ne manque au Deuxième souffle d'Alain Corneau. Pas même les clins d'oeil de la mise en scène aux stéréotypes du genre.
En se donnant du temps pour développer son intrigue, Alain Corneau offre aussi à ses personnages une véritable épaisseur, une personnalité forte. Jusqu'aux rôles de moindre importance, tel que celui d'Alba (Eric Cantona), attachant factotum de la belle Manouche, qui, avec son calme olympien et un tic de langage amusant, dit beaucoup sur son bon sens et sa fidélité au couple traqué.
Le deuxième souffle est finalement le résultat inespéré d'une improbable alchimie entre ancien (les films de gangster à la française) et moderne (le rythme, la mise en scène des scènes d'action est ainsi
spectaculairement inspirée des films asiatiques).
Alors, à la manière d'Alban, un conseil : "Tachez moyen d'aller le voir."
Joel Fompérie
© Etat-critique.com - 30/10/2007