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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 Le dernier monde

Le dernier monde

Céline MINARD

Denoël - 514 pages

Et ta critique ?




La lecture du dernier roman de Céline Minard laisse très perplexe et sans que le lecteur sache trop quoi en penser… ni si c'est un livre à conseiller !


Le thème, au départ, est passionnant. James Roiq Stevens est cosmonaute et accomplit une mission dans une station orbitale. Rebelle et indiscipliné, il refuse de rentrer quand, suite à un incendie, l'évacuation de la base est ordonnée. Il reste seul à bord de la station, s'exposant à son retour à de graves sanctions. Mais, peu à peu, le silence total de la radio l'inquiète et il décide de retourner sur terre. Arrivé en Floride, il s'étonne de ne rencontrer personne : tous les hommes semblent avoir disparu. Visionnant une cassette de surveillance dans un supermarché, il peut constater comment les hommes ont déserté la terre : suite à une étrange phénomène, ils se sont tous évaporés, laissant sur place leurs habits. Ce terrible cataclysme ne sera pas expliqué : c'est un fait… James Roiq Stevens est le dernier homme !

Ce thème est classique, à la fois fascinant et angoissant : Stevens est Robinson, mais un Robinson qui n'a aucune chance de rencontrer Vendredi...

Est-on encore un homme quand on ne partage plus rien ?

"Il disait : tant qu'il me reste un mot en tête, tant qu'il me reste un mot dans mon cerveau d'homme, c'est toute la communauté qui persiste."

Alors pour demeurer homme, Stevens s'invente des compagnons (Waterfull, Lawson, le Major...) et entreprend avec eux le tour de la terre en train, en avion, en hélico, avec des buts divers : fédérer un troupeau de 60 000 porcs pour nettoyer la Mongolie, détruire les grands barrages de la planète... car "de toute façon, c'est un homme n'est-ce-pas ? Un but, un programme, un projet, un pouvoir, bon. C'est comme ça."

Et c'est là où l’enthousiasme des 200 premières pages commence à s'essouffler, car sur les 300 pages suivantes, Céline Minard nous convie à un délire qui mêle les personnages imaginaires, les lieux, les époques, les légendes, les cultures. On se perd dans cette errance qui est parfois très poétique, mais qui m'a semblé lassante sur la longueur. On a besoin de reprendre pied et le lyrisme foisonnant du Dernier monde ne laisse pas respirer.

Alors on saute certains passages, auxquels, il faut l'avouer humblement, on ne comprend rien.  Mais d'autres passages sont particulièrement émouvants ("Ce fut une seconde comme s'il était vu par l'œil sauvage de la terre, la force brute, la brutalité, la force nue, la volonté du monde, la surdité absolue le regardait en face [...] Il aurait voulu dire j'étais un enfant tendre comme un soir d'été, il y a d'autres façons que cette lumière froide boule aveugle, il y a mille manières d'exister") ou amusants (Stevens fonde une république dans la jungle amazonienne et tente d'apprendre le self-défense à un tatou et à un fourmilier géant").

Le dernier monde ne laisse pas indifférent : le récit délirant, tendre, violent, déroute et agace parfois, car nous sommes habitués à des récits plus linéaires, plus "efficaces". Mais une fois le livre refermé, on se surprend à penser à James Roiq Stevens et à son curieux destin.


Véronique Cazaubiel

© Etat-critique.com - 14/03/2007