Le crime était presque parfait et Pascal Thomas retrouve le duo d’enquêteurs le plus charmant du cinéma français pour dénouer une ténébreuse histoire de meurtre. Désuet, ce film est une formidable récréation en période d’angoisse permanente.
Pascal Thomas aime la liberté. Dans tous ses films, il y a une impression d’école buissonnière. Le cinéaste aime les marginaux, les rigolos, ceux qui essaient de marcher en dehors des clous.
Il est en tout cas en admiration devant Prudence Beresford. Héroïne de Mon petit doigt m’a dit, libre adaptation d’Agatha Christie, elle sautillait dans une intrigue complexe, avec la franchise sous le bras et le verbe haut. Ce grain de sable faisait sauter une machinerie finement huilée par des esprits machiavéliques.
Prudence ressemble à La dilettante, personnage central du film qui avait rappelé la valeur de Pascal Thomas. Elle a d’ailleurs la même tête : celle de Catherine Frot, irrésistible maligne. Chez Agatha Christie, la comédienne fait merveille, à l’affut du moindre indice et d'un joyeux sens de la répartie.
Désormais Prudence s’ennuie. Elle est à la retraite avec son cher époux, Bélisaire Beresford. Il jubile et elle s’achète des chapeaux pour passer le temps. Elle rêve d’une petite enquête avec cadavre et mystères. Il souhaite juste fêter Noël en famille.
Mais une vieille tante assiste à un meurtre dans un train. Il n’en faut pas plus pour Prudence :elle se fait passer pour une cuisinière auprès d’une famille d’aristos un peu étranges.
Vieux manoir. Campagne enneigée. Personnages intrigants et deux furieux détectives, ravis de faire la chasse à l’assassin.
Le plaisir est immédiat. Catherine Frot débite des dialogues d’une espièglerie ravissante tandis que André Dussollier se prend les pieds dans le kilt avec un humour typiquement british.
Pascal Thomas, fan de Christie, ressort tous les codes de l’auteur et l’imagerie du polar britannique. C’est gentiment rétro et cela met en avant toute la savoureuse comédie qu’offrent les deux amoureux.
Car Catherine frot joue sur l’insolence de son personnage tandis que André Dussollier imite le fin limier avec gourmandise. C’est un film amoureux des stéréotypes et du cinéma de papa. On dirait une version live des premières bédés de Tintin ou de Spirou.
Le film se déguste comme un bon whisky hors d’âge. On apprécie la nostalgie quand elle est utilisée avec autant d’énergie et de fantaisie. Epicurien, Pascal Thomas jubile et nous fait partager sa joie. A l’heure où l’on nous annonce que des mauvaises nouvelles à longueur de journée, la vision de cette comédie est hautement recommandée. Presque essentielle ! Le sourire est leur affaire!
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 22/10/2008