Après un quatrième volume des enquêtes de Nicolas Le Floch plutôt décevant, Jean-François Parot se rattrape et nous délecte d’un récit à la langue savoureuse.
Le crime de l’hôtel Saint-Florentin, narrant la cinquième enquête du commissaire Le Floch, nous permet de retrouver le style Parot dans toute sa splendeur : connaissance parfaite du Paris de l’époque (fin du XVIIIe siècle, début du règne de Louis XVI) et élégance du verbe donnent toute son épaisseur à l’intrigue. L’auteur multiplie les formules pleines d’esprit et les bons mots, et truffe son texte de vocabulaire imagé ou d’événements historiques.
Nous retrouvons ici un nouveau Nicolas, dont les situations personnelles et professionnelles viennent de changer radicalement. Louis XV est mort et Sartine a quitté ses fonctions de Lieutenant Général de Police pour devenir Secrétaire d’Etat à la Marine. Mis à l’écart par M. Le Noir, son nouveau supérieur hiérarchique, Nicolas passe davantage de temps à la cour où le nouveau Roi l’apprécie. Il revient enfin aux Affaires Extraordinaires suite à un crime commis à l’hôtel Saint Florentin, demeure d’un Ministre du Roi.
Son enquête le mène dans des lieux variés, où il côtoie les différentes couches de la société. Les connaissances historiques et l’érudition de Parot font merveille. Meurtres en série, luxure et espionnage s’entremêlent dans cette nouvelle aventure. Le lecteur fidèle aura le plaisir de retrouver les personnages récurrents et cela donne une toute autre dimension au récit.
On pressent les changements politiques à travers le personnage de Bourdeau, Inspecteur de Police et fidèle associé de Nicolas Le Floch, qui est toujours prompt à critiquer les injustices sociales : pauvreté du peuple face au déballage du luxe de l’aristocratie, justice à deux vitesses… Parot va jusqu’à lui faire citer Rousseau annonciateur de la Révolution. Nicolas lui-même s’interroge sur certains usages de la cour ou de l’époque qu’il juge inutiles ou dégradants. L’auteur met en place, on le pressent, certains éléments d’une intrigue future. Dans un autre registre, un humour assez caustique fait son apparition à travers des réparties savoureuses, la plupart du temps lors des autopsies.
L’histoire se résout d’elle-même, à quelques éléments près, et le court exposé final suffit à éclairer les zones d’ombres qui persistent encore. Tous les manques relevés dans le quatrième volume sont ici comblés.
Cette nouvelle aventure de Nicolas Le Floch comblera les attentes des lecteurs fidèles de Parot, et bien plus encore…
Eléa M.
© Etat-critique.com - 23/08/2008