Nouveau volet de la formidable série légèrement autobiographique de Manu Larcenet ! Toujours la même sensibilité et le même goût amer. Toujours un excellent moment à faire partager.
Manu Larcenet, au travers de son héros, qui lui ressemble étrangement, s’interroge depuis trois volumes sur la place d’un individu, dans sa famille, son boulot, ses amis, ses amours et ses emmerdes.
Le combat ordinaire est tellement touchant que c’est une bande dessinée qui se transmet. Tous se retrouvent dans la lutte de Marco, à ne pas trop se noyer, dans un monde particulièrement indéchiffrable, où la faute des aînés trouve des résonances existentielles dans les erreurs de la jeunesse.
Marco est désormais papa. Ses responsabilités continuent de le perturber mais il progresse doucement dans son nouveau rôle. Il s’attendrit encore pour les anciens du chantier, sa mère et sa fille. Sarkozy va bientôt devenir président de la République et cela interroge le photographe qui se demande si ses responsabilités ne seraient pas un peu plus grandes que son simple environnement.
Il faut l’avouer : Planter des clous fait dans la redite. Les dessins de Larcenet sont astucieux et chaleureux mais on les sent moins sincères. Les effets narratifs sont systématiques et l’ensemble est un schéma pour mener le lecteur à l’émotion.
On est un peu manipulé, mais il faut dire que cela fait toujours du bien de retrouver les interrogations contemporaines de Marco, photographe soupe au lait. Le dessin de Larcenet est une bénédiction et un vrai plaisir humaniste. On se sent bien à côté de ce révolté dont on comprend la désespérance et l’envie de vivre.
Pour remercier l’auteur, il faut tenter de convaincre les hermétiques à la bande dessinée de plonger dans cette saga ordinaire et touchante. Leur faire découvrir la meilleure lecture française depuis très longtemps. Indispensable !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 07/02/2009