Le Chirurgien ambulant est un interminable roman historique (dont l'action se situe au XVIe siècle en Espagne) narrant les aventures d'un jeune oblat, apprenti moine et chirurgien, qui quitte le monastère où il a grandi pour découvrir le secret de ses origines.
En l'an de Grâce 1556, un Capitaine brave et taciturne (comme il se doit) se retrouve avec, à bord de son galion, une parturiente. C'est fâââcheux, d'autant que la tempête gronde !
- "Hum. Ce que Loom avait dit correspondait exactement aux craintes de Taggart. Le ciel, l'enfer, et Poséïdon aux fesses! Que ne donnerait-il à présent pour un bon navire!"
Le style du prologue est digne de la bibliothèque verte et l'on se sent soulagé quand, après un saut dans le temps, nous nous retrouvons au chevet d'un abbé mourant en train d'exposer ses dernières volontés à ses frères. Il révèle alors au plus jeune d'entre-eux que celui-ci est un enfant trouvé, et il l'invite à partir à la découverte de ses origines.
Vitus, le personnage central, a appris des rudiments de chirurgie au monastère, connaissances qui lui seront bien utiles pour se faire des amis en cours de route. Car Vitus rencontrera sur son chemin plein de gens sympathiques (et aussi quelques méchants, qui seront bien vite punis ou repentis) et surtout une foule de personnes en avance sur leur temps (ils sont gayfriendly, ils ont compris que la Terre est ronde, que l'Inquisition est une mauvaise chose, ils apprennent à lire et écrire à leurs enfants...).
Chaque chapitre est centré autour d'un personnage différent, au gré des rencontres de Vitus. Le récit est construit comme une suite de portraits de protagonistes sensés être typiques du Moyen-Age : bourreau, Inquisiteur, paysan, Tzigane, saltimbanque, guérisseur charlatan, nain bossu...
L'auteur, Wolf Serno, cherche à restituer l'atmosphère moyenâgeuse et tente manifestement d'instruire son lecteur en abusant du passé simple, des formules latines (qu'il a la gentillesse de faire traduire aussitôt par l'un des personnages), et des descriptions interminables : "Des marchands faisaient l'article en criant, des ouvriers clouaient des caisses, des portefaix soulevaient des sacs, des cochers faisaient avancer leurs chevaux, des officiers aboyaient des ordres, des poules caquetaient, des porcs criaient, tout s'étalait partout: caisses, pots de peinture, balles d'étoffe, cordages, toile à voile, cages à animaux, plus des tonneaux de toutes sortes, d'eau, de vin, de bière, d'eau-de-vie et de brandy, de suif et d'huile de baleine, d'huile de lampe et de vinaigre ; il semblait qu'il n'existât rien qu'on ne puisse transporter dans un tonneau". (c'est bon, je crois qu'il n'a rien oublié !)
Le prologue est, on l'a dit, calamiteux. Il donne envie d'arrêter sa lecture immédiatement... ce que pour ma part je regrette un peu de ne pas avoir fait sachant que les origines de Vitus sont, bien sûr, à rechercher sur le fameux bateau du début, et qu'il faudra près de 800 pages à l'auteur pour ramener son personnage au bord de la mer...
Le pire est sans doute que l'éditeur nous gratifie à la fin du livre des extraits du nouveau roman de Wolf Serno : Le Chirurgien de Campodios.
Thibault Dablemont
© Etat-critique.com - 25/02/2008