En attendant la moisson de bédés de la rentrée, laissez-vous tenter par le Soul Man de Chauvel et Denys!
C'est le troisième album d'une série basée sur le concept suivant : raconter un casse. Dessinateurs et scénaristes, toujours différents, s'y collent en jouant la carte de l’exotisme ou de l’Histoire (hold-up situé dans l'Antiquité, à Londres dans les années 70...). Chauvel et Denys choisissent plutôt l’option classique, celle du polar américain avec décor carcéral, méchants patibulaires et famille mafieuse....
Au gré d'un flash-back, on apprend que le casse en question a déjà eu lieu, et ce dans les années 60 ! C'est à cette époque en effet que la mafia s‘est fait dérober un magot destiné à un projet immobilier. Puis, le magot et les braqueurs ont mystérieusement disparu.
Retour vers le temps présent avec l'arrivée de Félix, un jeune prisonnier, au pénitencier d'Attica. Manque de pot, celui-ci est immédiatement conduit vers le Soul man, une terreur qui a tué tous ses compagnons de cellule. Mais le placement du détenu ne doit rien au hasard...
Voilà une histoire bien construite. Les rebondissements s’enchainent, le suspense est maintenu jusqu'au bout et les questions qui nous taraudent (lequel des protagonistes dévoilera son jeu ? L’argent du braquage sera-t-il retrouvé ?) trouvent leurs réponses lors d'un final époustouflant.
La grande réussite de l’album c’est donc un scénario malin qui parvient à nous surprendre sur un terrain archi rebattu (le thriller carcéral, les histoires de mafieux). Mention spéciale pour Soul man, le « héros » de l’histoire. Un bad guy d’anthologie, aussi brutal qu'intelligent. Un type féroce, passé maître dans l'art de la manipulation, mais aussi un être raffiné et un amoureux de la soul, comme le laisse deviner son nom. Ce géant noir est un personnage ambigu et fascinant.
Le tout est servi par un dessin réaliste qui joue de façon très cinématographique sur la répétition des images.
Avec son scénario impeccable et son dessin plus qu’honnête, le Soul man est la bédé idéale pour adoucir le cafard d’une rentrée.
Gilles Sendek
© Etat-critique.com - 28/08/2010