Peu connu sous nos latitudes, l'auteur Danois signe un album littéraire et poétique à la personnalité affirmée et la force indéniable. Une belle découverte.
Paris, 1910. Philip Marnham, jeune peintre anglais, débarque dans la capitale des arts et trouve, à Montparnasse, le paradis qu’il était venu chercher. Pourtant, de vie dissolue en mauvaises rencontres, il sera contraint, comme échappatoire, à s’engager dans la Grande guerre avec une mort atroce pour seule perspective.
C’est en travaillant à la biographie d’un modeste poète britannique que le narrateur du Carnet rouge retrouve la trace du peintre oublié. A force de patience et d’obstination, il reconstituera l’existence et percera le secret de Marnham.
Tout en délicatesse narrative et picturale, Teddy Kristiansen signe, pour la première fois seul, un album au charme indéniable. Sa manière d’alterner présent et passé, enquête contemporaine et événements lointains, entraîne le lecteur dans un récit subtil et envoûtant.
On est d’ailleurs plus proche ici du récit illustré que de la bande dessinée "classique". Car si cet album bénéficie d’un grand format et d’une pagination généreuse, c’est pour donner toute leur place aux vignettes amples qui ne sont jamais plus de trois ou quatre par page.
Ce confort permet à Kritiansen de développer un style pictural très personnel fait d’aplats, d’effets de matière, de couleurs diluées… Il se dégage ainsi de l’ensemble une atmosphère étrange à la puissance émotionnelle certaine.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 11/05/2007