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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Le candidat

Le candidat

Niels ARESTRUP

Avec Yvan Attal, Stefania Rocca, Maurice Bénichou et Niels Arestrup Pyramide distribution – 11 avril 2007 – 1h35

Et ta critique ?




Vision austère de la politique, Le candidat est un film sans passion qui s'accroche à la campagne électorale. Ce recul monacal permet de toucher les enjeux et les drames des choses de l'Etat. Utile !


Acteur imposant, Niels Arestrup surprend en passant pour la première fois à la mise en scène avec un sujet brûlant : la vie politique. Le comédien n’est pas du genre partisan. Le film ne vire ni à gauche, ni à droite. Pour cela, Arestrup se limite à une mise en scène sèche. Il se donne des airs de documentaire dans les premières minutes puis son film se tourne vers le dépouillement le plus total, au risque d’en dérouter plus d’un.

Pourtant il faut s’accrocher : Le candidat est une plongée janséniste dans le monde de la politique. Pas de dénonciation de l’actualité mais plutôt un drame autour du pouvoir. Une sorte de version moderne d’un drame historique de Shakespeare.

Sans emphase, Arestrup décrit l’entre deux tours d’un candidat, Michel Dedieu, remplaçant de dernière minute d’un favori malade. Ce type a autant de charisme que sa cravate. Il déprime autant ses conseillers en communication que son épouse, incapable de gérer cette soudaine notoriété.

La presse ne lui fait pas de cadeau. Les bienfaiteurs de son parti lui mettent une vraie pression. Michel Dedieu ne gère plus rien et on lui promet un échec cuisant à l’élection finale. Le débat entre les deux finalistes sera décisif…

Le film de Arestrup est la parfaite antithèse de Président de Lionel Delplanque. A l’économie de moyens, il parvient à une abstraction finalement captivante de la vie politique. Pas besoin d’en faire des tonnes pour nous faire toucher les névroses du pouvoir et ses ambiguïtés.

L’idée d’enfermer le candidat et son équipe de campagne dans une magnifique villa isolée permet à l’auteur de composer une pièce de théâtre cruelle, une danse étrange autour d’un homme, harcelé et jugé par des personnages cyniques ou machiavéliques.

L’aridité de la réalisation fait un drôle d’effet car le spectateur est habitué au cirque médiatique, bruyant et perturbant. Ici, on voit un homme politique cherché le silence et la réflexion. C’est un spectacle original qu sait rendre Arestrup, ambivalent.

Loin de la campagne actuelle, le long métrage s’attache à un sujet intemporel : la corruption du pouvoir. Niels Arestrup maîtrise son film. Yvan Attal trouve un rôle enfin à la hauteur de son talent. A quelques semaines des élections, ils nous offrent une certaine distance et un intéressant reflet de la société. C’est au cinéma que l’on trouve ce beau cadeau. Pour les autres médias, le nez dans l’actu, est ce une bonne ou triste nouvelle ? Le candidat, par sa rigueur, donne une belle leçon de déontologie.


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 13/04/2007