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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 Le canapé rouge

Le canapé rouge

Michèle LESBRE

Sabine Wespieser - 148 pages

Et ta critique ?




Après La petite trotteuse où une femme, après avoir retrouvé la montre de son père, partait à la recherche de la maison idéale, Michèle Lesbre nous offre à nouveau un roman lumineux, une ode à la vie, à l'amour et à l'errance.


Anne, la narratrice, part à la recherche de Gyl, qu'elle a aimé passionnément il y a 20 ans, au temps où ils croyaient encore possible de bâtir un monde idéal. Gyl, refusant de renoncer à tout ce qui a donné un sens à sa vie, est allé vivre au bord du lac Baïkal, peindre, faire du théâtre et construire des cerfs-volants pour les enfants.

Plutôt que d'emprunter le train rapide pour touristes, Anne monte dans l'omnibus transsibérien et se laisse emporter par ses pensées, ses souvenirs. L'image de Gyl est peu à peu effacée par celle de Clémence Barrot, une vieille voisine à qui elle rend visite deux fois par semaine et qui l'attend sur son canapé rouge.

A Clémence, ancienne modiste et éternelle amoureuse, elle raconte le destin de femmes libres et passionnées sur lesquelles elle rédige des articles pour différentes revues. Entre Anne et Clémence s'est peu à peu tissée une tendre et joyeuse complicité. Confrontée à la joie de vivre pétillante de Clémence, Anne apprivoise peu à peu le temps de la vieillesse qui approche.

Arrivée à Irkoutsk, Anne n'ira pas à la rencontre de Gyl qui a refait sa vie et dont la compagne attend un enfant. Elle reprend le train dans l'autre sens pour retrouver Clémence.

Avec Le canapé rouge, le lecteur est invité à suivre Anne dans ses rêveries, ses émotions à peine esquissées. D'une écriture d'une grande finesse, Michèle Lesbre incite à ne jamais totalement renoncer aux rêves de jeunesse, à redouter "devoir vivre dans un pays qui vénère les machines", à craindre "la fatigue, les foules, les imbéciles, trop de travail, voir écraser les chiens, tomber les chevaux, vomir les hommes", à se laisser surprendre par des rencontres impromptues et à aimer la vie.

On peut lire Le canapé rouge d'une traite ou par petits bouts. On peut également le laisser reposer plusieurs jours et l'ouvrir sur une page au hasard pour découvrir cette phrase d'Antonioni : "Je cherche des traces de sentiments chez les hommes."


Véronique Cazaubiel

© Etat-critique.com - 24/09/2007