A l'ombre des grottes afghanes, les enfants ont de drôles de jeu. Petit film simple et étrange, Le cahier est une belle réflexion sur l'enfance gachée par les guerres.
Bakthi est têtue. Du haut de ses cinq ans, elle sait ce qu'elle veut: avoir un cahier et aller à l'école. Dans la région où furent détruits les bouddhas géans par les Talibans, profiter d'une éducation n'est pas facile mais Bakthi n'est jamais résignée.
Son regard est dure. Et fascinant. La petite fille s'arme de courage pour traverser les décors déserts et sublimes d'Afghanistan et obtenir ce dont elle a besoin pour suivre des cours.
Elle vole des oeufs à sa mère pour les revendre et acheter son cahier et un stylo. Ce n'est pas si simple. Les adultes ne la prennent pas au sérieux et les petits garçons ne veulent pas l'aider.
A part son petit voisin, qui passe son temps à répéter son alphabet, les petits Afghans miment les adultes et cela fait froid dans le dos. A l'innocence de l'âge, l'expérience de la guerre vient s'opposer.
Les gamins jouent donc à la guerre. Un coup, ils poursuivent des terroristes. Un autre, ils attrapent des Américains. Enfin, ils s'amusent à simuler des lapidations. Amusant, n'est ce pas?
Bakthi est prise au piège dans leurs jeux guerriers. Elle se soumet à leur force mais pas à leurs idées. En voulant apprendre, elle met le souk un partout où elle passe, avec son espiéglerie et sa tenacité
Elle sauve le film du constat sinistre. Bien entendu, le film prête à sourire avec son discours poli sur l'importance de l'éducation mais, la réalisatrice affronte radicalement la réalité de son pays abimé par des années de pouvoir taliban.
Le tournage a du être improvisé et les conditions de réalisation approchent le réel. C'est ce qui étonne dans ce film courageux. C'est ce qui le rend nécessaire. On est bien loin des journaux télévisés. On observe un quotidien qui n'intéresse pas les médias. On se rappelle alors que le cinéma est un art ouvert et qu'il peut nous emmener vers des contrées dangereuses et découvrir des sentiments inespérés.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 21/02/2008