Un grand livre où se mèle la mort omniprésente et le souvenir d'un ami et de la seconde guerre mondiale. Important !
A 95 ans, Henry Bauchau nous livre un roman grave où la mort est omniprésente.
Dans Le boulevard périphérique, Henry Bauchau réunit deux évènements autobiographiques éloignés de près de 40 ans : l’accompagnement de Paule, sa belle-fille, atteinte d’un cancer, vers la mort, et la disparition pendant le seconde guerre mondiale de Stéphane, un ami qui l’a initié aux plaisirs de l’escalade et lui a appris à dépasser sa peur.
Le narrateur rend chaque jour visite à Paule, hospitalisée à Aubervilliers. Venant de Chatou, il effectue ce long trajet soit en RER, soit en voiture : ce trajet quotidien où il se perd dans les couloirs du métro et où il tourne inlassablement autour du périphérique, est l’occasion de réflexions sur notre condition mortelle, sur le choix de l’espérance : "J’ai usé de l’espérance, j’en ai abusé comme nous tous autour de ce lit et maintenant l’espérance est muette et pourtant aussi invincible qu’au temps où elle ressemblait à un phare, à une forteresse."
Mais avons-nous vraiment le choix, dans la mesure où nous ne pouvons pas échapper au monde dans lequel nous vivons : nous sommes tous condamnés à l’espérance : "Je voudrais faire l’économie de toutes les morts que j’ai vécues, de celles que je devrai vivre encore. Je ne peux pas, je suis dans ce temps, dans ce monde, il n’y en a pas d’autres."
Le boulevard périphérique est un livre complexe qui mêle la grandeur de la destinée humaine et les petits tracas du quotidien, les contrariétés, mais aussi les petites joies.
Stéphane, son ami résistant symbolise la légèreté, l’insouciance face à la pesanteur du monde incarnée par Shadow, l’officier SS qui l’a froidement assassiné, incarnée également par la maladie de Paule ou par cet univers déshumanisé que représente le boulevard périphérique.
De ce roman très subtil, irradie une forte émotion. On ne peut pas le refermer sans penser qu’Henry Bauchau, à 95 ans, nous donne peut-être son dernier livre et que celui-ci tout en permettant au lecteur une multitude d’interprétations, forme en quelque sorte un testament.
Dans une interview au journal Le Monde, Henry Bauchau avoue ne plus pouvoir écrire plus d’une heure ou deux par jour et reconnaît "avoir dû s’adapter à un certain rétrécissement de son vocabulaire". Pourtant qui d’autre que lui aurait pu réunir deux histoires si éloignées dans un seul volume en y mêlant des pensées très personnelles sur la vieillesse, la déchéance, la mort, sans que cela paraisse artificiel et sans aucun pathos ?
A lire d’urgence pour la magie de ce livre très rare et à relire, calmement, pour mieux le comprendre et l’apprivoiser.
Véronique Cazaubiel
© Etat-critique.com - 01/02/2008