Après We don’t live here anymore, John Curran met une nouvelle fois à l’écran la sublime Naomi Watts pour un drame historique qui verse dans le mélodrame facile toutefois bien ficelé et surtout bien servi. Un reportage de National Geographic avec des violons en somme.
Alors que la Chine amorce sa réunification nationaliste au début du XXème siècle, les colons britanniques et français se côtoient encore dans un Empire du Milieu en pleine modernisation. Loin de toutes ces considérations géopolitiques, nous suivons à travers des allers-retours sous formes de flash-back la rencontre puis le mariage de Kitty (Naomi Watts) et Walter (Edward Norton). Dans une Angleterre encore obsédée par la condition sociale, le régime matrimonial ne s’embarrasse pas de sentiments et cette union n’échappe pas à la règle.
Médecin spécialisé dans les maladies infectieuses, Walter va entraîner sa femme à Shanghai pour aller travailler dans un laboratoire de la Couronne d’Angleterre. L’enchaînement longuet des trois premiers quarts d’heure nous montre l’ennui de l’épouse qui va la conduire à l’irréparable, à savoir l’adultère avec un diplomate volage. Par dépit, Walter va se porter volontaire pour une expédition scientifique suicide dans un village reculé aux prises avec une épidémie de choléra. Adaptant l’adage « Qui aime bien, châtie bien » à la lettre, il contraint sa femme à le suivre et l’histoire peut commencer.
Pendant l’heure et quart restante, le dépaysement est total : paysages splendides rendus par une photographie superbe, scénettes pittoresques et macchabées jonchant les trottoirs : rien ne manque. Si le discours sonne creux et que les thèmes traités fleurent les bons sentiments à outrance et le cliché colonialiste (le gentil anglais et sa femme qui se jettent à corps et à cœur perdu dans la bataille contre la maladie alors que la population locale les déteste), on pourra déceler de temps à autre une pointe d’anti-conformisme qui périclitera assez vite, sûrement victime de la foudroyante épidémie précitée.
On ne peut s’empêcher de penser que ce sont les deux acteurs principaux qui portent le film à bout de bras, faisant preuve d’autant d’efforts face à la caméra que leurs personnages à l’écran. Reste une belle traversée de la Chine préindustrielle magnifiquement mis en image et une histoire cousue de fil blanc loin d’être désagréable en fin de compte. Si jamais vous éprouvez des difficultés à convaincre votre compagnon de passer une soirée devant des chinois agonisants : Edward Norton montre son fessier et Naomi Watts dévoile juste ce qu’il faut de ses charmes pour que tout le monde y trouve son compte.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 10/03/2007