Cette pièce n’est pas Le Triomphe de l’amour de Marivaux !
Cette pièce n’est pas Le Triomphe de l’amour de Marivauxmais bien Le Triomphe de l’amour mis en scène par Jacques OSINSKI.
La volonté de s’approprier le texte est si forte que la mise en scène en défigure son sens premier. Le jeu scénique est original mais on apprécie l’effort qu’à la moitié de la pièce ; et encore…
Le
Triomphe de l’amour est avant tout une pièce sur le plaisir, le désir. Le triomphe de l’amour sur la politique, véritable outil d’éveil des corps et des esprits.
En se questionnant sur la liberté de penser et d’envisager sa vie intime et amoureuse, Marivaux s’adresse à un large public. De plus, l’intemporalité de ces thématiques nous permet de comprendre plus aisément et intensément les interrogations et les tourments des personnages, et également de nous en amuser.
L’intrigue parsemée de rebondissements et de quiproquos, impulse un mouvement qui ne s’arrête qu’au point final. Tous les éléments sont réunis pour conquérir le public.
Et pourtant, la mise en scène déstabilise et réduit la compréhension du texte. Tout d’abord par le choix de la comédienne principale: son âge ne correspondant pas à celui de Léonide et nous avons du mal à imaginer « la jeune princesse vive et fraîche » décrite par Marivaux. Serait-ce une tentative de la première version cougar du Triomphe de l’amour ?
Cela aurait pu être une proposition séduisante si la comédienne ne déclamait pas son texte avec une lenteur et une dureté qui ne colle pas à l’impatience d’aimer et de séduire du personnage. D’ailleurs Aegis, stoïque, du début à la fin de la pièce, répond à l’amour de Léonide sur le même ton. Tous deux se parlent avec un calme et une absence d’émotions assez désarmante et incompréhensive pour le public.
Les autres comédiens n’échappent pas à ce même triste sort puisque les personnages de Hermocrate et Léontine basculent à mi-hauteur de la pièce dans une transformation comique, proche du théâtre de boulevard.
Les uns tombent, les autres courent, nous sommes bel et bien dans la partie « comique » de la pièce. Le public oscille alors entre étonnement et rire devant ce changement radical. D’ailleurs on ne sait pas si l’on rit grâce à la mise en scène ou à ses dépends. Malheureusement le rythme s’affole un peu trop, les répliques volent et le réalisme s’effondre…
La pièce s’arrête alors net dans sa course folle, laissant une fois de plus, le spectateur un peu dépourvu…
Rebecca Bory
© Etat-critique.com - 24/10/2010