Avec Brad Pitt, Jonah Hill, Phillip Seymour Hoffman et Robin Wright - Sony Pictures - 16 novembre 2011 - 2h13
Et ta critique ?
Un film sur le baseball offre son lot d'exotisme. Le stratège a aussi le mérite d'être particulièrement clairvoyant sur l'état du sport et de la société en général!
Ne vous inquiétez pas! Il a beau être question de baseball dans Le Stratège, on n'a pas besoin de connaître les règles et les habitudes de ce sport américain pour apprécier le film de Bennett Miller. C'est surprenant mais finalement, on ne voit, dans le film, les matchs qu'à la télévision.
Billy Beane, manager des Oakland Athletics, ne supporte pas voir les matchs de son épique en vrai, sur le terrain. Il s'enfuit dans les sous sols de son stade et aperçoit quelques images. Comme nous. Une drôle d'idée qui fait en tout cas plaisir à voir. On se sent toujours un peu perdu lorsque le cinéma touche au plus près du baseball. Et là ce n'est pas le sport et sa représentation qui sont au coeur du sujet.
Dans le baseball, on découvre en général des hommes forts en gueule, qui passent leur temps à chiquer et taper dans la balle. Les subtilités des (en)jeux sont telles que le cricket, à coté, c'est une partie de jokari. Mais Billy Beane n'est pas un joueur. C'est un dirigeant. C'est un type qui ne fait pas rêver sur ou en dehors du terrain. Il doit gérer les problèmes d'argent et d'ego à l'intérieur de son club.
Passionné, Billy Beane veut gagner. Le club n'a pas les moyens. Alors, il n'utilise ni force ni rage mais demande patience et longueur de temps. En rencontrant un jeune économiste, il fait désormais confiance aux statistiques et aux probabilités. La mythologie du baseball explose: avec une équipe de loosers, il finit par grimper en haut du classement...
Billy Beane veut gagner. Il n'y arrive pas. Il s'entête à y parvenir. Sa méthode a désormais fait école. A la fin des années 90, il a dû affronter tout un sport, sceptique et méfiant de sa méthode mathématique, aidé par un geek débutant dans le métier. Son entêtement est un beau sujet de cinéma.
Bennett Miller arrive (Capote) à intéresser le spectateur avec des bavardages biscornus où pourtant les enjeux dépassent les paroles des protagonistes. Le cinéaste décide de filmer un sport mercantile, capitaliste et assez inhumain.
Le marché des transferts est dépeint avec une froideur assez troublante. L'individualisme du héros a aussi quelque chose d'étrange puisqu'il défend avec son assistant, une idée très collective du sport. Le film baigne dans une dualité permanente. Miller et les scénaristes de Social Network étudient encore une figure atypique de l'Amérique contemporaine et parviennent à mener un récit réaliste, peu glamour (un film de bureau de plus de deux heures au lieu d'un spectacle sportif, Brad Pitt ne pèse pas lourd pour rendre le sujet attractif) et pourtant captivante et cinématographique.
Comme dans The Social Network, il est effectivement question de solitude. Parce que le milieu nous est inconnu, cela peut apparaitre un peu confus ou opaque; néanmoins ce film est vraiment dépaysant et donne à voir une autre Amérique... moins fanfaronne, plus sensible! L'humilité, voilà une vertu sportive qui va bien au cinéma!