Après les étonnants Jardin et Salon, nous avons le plaisir de retrouver la famille "Peeping Tom" au sous-sol.
Un salon à moitié envahi par une terre sombre et brumeuse, plongé dans l'obscurité. Dans un coin une petite maison à laquelle une vieillarde (la sémillante Maria Otal) met le feu. Feu follet, feu de l'oubli de sa vie passée. Car l'on comprendra bien vite que cet étonnant salon représente la tombe.
Oh, ne vous inquiétez pas, il n'est pas question ici d'un spectacle morbide et déprimant: on est touché le Sous-sol, profondément ému, mais l'on s'y amuse aussi beaucoup, preuve que la mort n'est pas à prendre au tragique. Que voulez-vous, les Belges ne se prennent pas au sérieux!
On retrouve les membres de cette famille qui, depuis le Jardin, nous est chère. Tous morts, Franck, Gabriela, Samuel, sauf le patriarche Simon dont la silhouette surplombe la scène.
Ils évoluent en sous-sol, dans le domaine des morts gardés par un cerbère (ou est-ce Dieu lui-même?) incarné par une sorte de professeur de chant insensible à l'autorité toute germanique. Elle semble s'amuser cyniquement du pathétique des hommes.
La vie passée est toujours présente: les morts cherchent à renouer contact avec la Vie, à remonter dans le monde des vivants mais la terre, impitoyable, n'en finit pas de les recracher, de les accoucher, dans ce sous-sol. Le terreau, comme la maîtresse des lieux, est fermé à toute compassion.
"- Gabriella, où est-ce que tu vas ?
- J'ai pas dit au revoir à ma fille...
- C'est pas grave! "
La vie passée est obsédante: le regret des choses non dites, les amours mortes, la jalousie aussi …
Magnifique moment où Gabriella est écartelée entre deux hommes: celui qui la baise et celui qui habite ses pensées. Gabriella danse joue tête contre tête, contre joue, avec Samuel tandis qu'elle est collée par le sexe avec Franck. Imbrication intime des corps.
Une rivalité entre deux hommes qui survit à la mort, et qui pousse l'un d'eux à étrangler l'autre et à tenter de l'ensevelir.
Pour autant, on ne se sent pas mal à l'aise dans ce Sous-Sol. La danse de Peeping Tom n'st pas violente mais infiniment intense. Et la tragédie n'est jamais loin de sa soeur la comédie. Peeping Tom s'offre toutes les fantaisies et les plaisirs. Une vieille femme peut légitimement se fondre dans un long baiser sensuel avec un jeune homme et danser comme une gamine sur du Michael Jackson.
Un équilibre subtil qui nous fait ressortir avec de très beaux mouvements de danse en tête, et qui pousse le public des Abbesses à appludir longuement et chaleureusement une troupe attachante.