Il est loin le Deschiens à la voix criarde. Morel distille quatorze jolies comptines pour adultes, dont certaines emplies d'humour.
Il aura mis le temps à arriver (4 ans depuis "Collection particulière" ) mais l'attente est justifiée. Le second opus de François Morel propose une douce poésie moderne, orchestrée de façon basique avec de tendres accents bucoliques.
L'humour animal (L'épouvantail) peut devenir conjugal (Faut pas exagérer) ou social (Cas sociaux). Dans tous les cas, la justesse des mots dépeint la toile d'une société où le terme violence n'existe point.
L'inspiration provinciale de cet album fait du bien. Loin du parisianisme puant, Morel revient à l'essentiel : nous émouvoir. Comment ne pas succomber à ce monologue d'un juif enterré qui s'indigne de voir son tombeau tagué (Fatigué fatigué) ? Un accordéon et cette voix poignante font mouche. Le tragicomique est maîtrisé comme pas deux.
On se surprend à découvrir des intonations à la Ferrat. La légère similitude se fait ressentir au maximum dans Eloge à la lecture.
Un bel album qui permet de respirer dans un monde où le don d'ubiquité ne serait pas de trop.