On connaissait Hubert Selby, l’éternel vieillard infirme, pour ses romans d’une rare violence, peuplés de Harry tous plus dépravés les uns que les autres, tantôt junkies, tantôt Don Juan atteints de folie meurtrière, tous prisonniers de leur folie autodestructrice.
Le Saule apporte lui aussi son lot de désolation, mais tragique ne rime désormais plus avec fatalité. Plus de Harry, plus de prostituées. Certes, on est encore une fois bien loin du roman à l’eau de rose, mais entre les scènes récurrentes, d’une cruauté frôlant parfois l’insoutenable, surgissent ici et là des moments d’une rare beauté, empreints d’amour, de sincérité et d’émotion. Du jamais vu chez Selby.
Des murs infestés de rats et des placards grouillants de cafards : c’est à cela que se réduit le foyer familial de Bobby, un adolescent noir du bronx. Mais heureusement, pour éclairer ses jours, il a Maria. Une jolie portoricaine qui l’aime et qu’il aime. Mais un beau matin, Raul et sa bande, répugnant que l’une des leurs s'affiche avec un noir s’en prennent à eux.
Frappé à coups de chaîne, Bobby, complètement paumé, aura tout juste le temps de s’enfuir avant que n’arrive la police. Maria, ayant quant à elle reçu un jet d’acide en plein visage, sera transportée d’urgence à l’hôpital. Après quelques jours d’une souffrance indescriptible, elle finira par se donner la mort.
Finalement, après avoir erré à travers les rues, Bobby sera recueilli par Moishe, un clochard allemand rescapé des camps de la mort, qui prendra soin de lui et l’hébergera dans son luxueux squat. Craignant de perdre Bobby comme il avait perdu les siens il y a de cela des années, Moishe s’acharnera à enseigner une valeur fondamentale de la vie : le pardon.
Ce récit est celui d’une convalescence, lente et douloureuse, mais encore et surtout celui d’une amitié éternelle et inattendue entre un adolescent et un vieillard qu'a priori tout séparait. Leur couleur de peau, leur âge, leur langage ; mais au-delà de tout cela, c’est leur vécu, et plus précisément la douleur, la haine et la soif de vengeance qui en est ressortie, qui les rapprochera.
Porteurs de paix et d’espoir, les personnages du Saule sont à la fois émouvants, et riches d’enseignements. Seul l’amour fait vivre. Pas la haine.
Sandrine Kattoor
© Etat-critique.com - 28/07/2011