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Jeudi 24 Mai 2012Livre

Le Sang des Pierres

Le Sang des Pierres

Johan THEORIN

Albin Michel éditions, traduit du Suédois par Rémy Cassaigne – 425 pages

Et ta critique ?




Le grand tort du Sang des pierres, le dernier roman de Johan Theorin est d’être écrit par un Suédois. Or, quand vous êtes Suédois et que vous écrivez un roman qui s’apparente à un polar, vous vous fondez dans la masse des polars du Nord. Vous devenez en quelque sorte un lieu commun.


De plus, ce roman est sorti lors du dernier salon du livre à Paris. Il a été noyé dans la masse. Ajoutons à cela une couverture assez hideuse qui fait penser à Dracula  et aux vampires par sa teinte rouge sang. On a l’impression que le graphiste a cherché à faire peur à des neuneus.

Or Johan Theorin est un écrivain profondément original qui est en train de bâtir une œuvre singulière. Tous ses romans (trois parus jusqu’à présent) se passent sur l’ile d’Oland, en mer Baltique. Endroit que Theorin connaît bien car une partie de sa famille y a vécu.

Dans tous ses romans, on retrouve le veux marin Gerlof  qui est la mémoire de l’ile et qui crée un lien pour transformer les romans de Theorin en une comédie humaine battue par les vents marins.

Gerlof, justement, est un vieil homme de plus de 80 ans qui décide de quitter la maison de retraite où il est installé depuis des années pour retourner sur l’ile d’Oland où il a vécu. Pour lui, il s’agit d’attendre la mort en restant digne et en étant dans un environnement à taille humaine et décente.

Tout près de la maison de Gerlof, Vendela Larsson vient d’emménager avec son mari Max  qui écrit des best-sellers (guides de savoir-vivre, recettes). Vendela a déjà vécu dans cet endroit quand elle était une petite fille et elle a connu des situations assez dramatiques, sur ce bout de terre où l’on croit aux Trolls et aux Elfes.

Dans une autre maison mitoyenne Peter Morner se débat avec une infinité de problèmes : sa fille de douze ans est gravement malade et son père très diminué après un accident cardio-vasculaire a réussi à se sortir vivant de l’incendie qui a ravagé son domicile…

Tous ces êtres que la vie n’épargne pas, vont se croiser au fil d’une intrigue dont Theorin tisse les dévoilements et les avancées avec un art consommé.

Au cœur des récits, se trouvent des êtres déjà abimés mais qui tachent de survivre et, si possible, de se reconstruire. Processus qui peuvent toucher beaucoup de lecteurs parce qu’ils concernent chacun d’entre eux, d’entre nous.

Un roman qui prend son temps, dans lequel on avance avec une sensation d’étouffement, de manque d’oxygène. Par ailleurs, un roman puissant dont les thèmes vous hantent.


Philippe Sendek

© Etat-critique.com - 07/05/2011