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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

Le Rayon vert

Le Rayon vert

Eric ROHMER

Avec Marie Riviere, Vincent Gauthier, Béatrice Romand et Carita - Films du Losange - 1983

Et ta critique ?




Ah que le temps vienne ou les cœurs s’éprennent…


Cinquième volet des Comédies et Proverbes, inspiré par le vers de Rimbaud, Le rayon vert remporte le Lion d’or à Venise et sera l’un des plus grands succès d’Eric Rohmer. Les mauvaises langues diront que c’est une fois de plus un marivaudage bavard et théâtral, en roue libre !

C’est complètement assumé : Rohmer a tourné le Rayon Vert sans scénario. Il ne s’est aidé  que de l’inspiration de ses comédiens et son interprète principale, Marie Rivière. Elle restera l’héroïne rohmerienne : légère et prolixe.

Elle joue Delphine dont les atermoiements sont futiles. Elle ne se sait pas où passer ses vacances. Grande amoureuse de l’Amour, elle est insatisfaite. Partout où elle passe, rien ne lui plait. Jusqu’à ce qu’elle tombe sur Vincent.

Cette Delphine pourrait nous agacer. Heureusement toutes les rencontres qu’elle fait lui seront bénéfiques. Elle ne s’en rend pas compte mais elle découvrira l’espoir, à travers ce fameux rayon vert, dernier éclair du soleil lorsqu’il se couche. Le voir relève du hasard et de la persévérance. Un peu comme l’amour.

Delphine entame un voyage initiatique à travers la France. C’est une étrange errance autour d’un personnage profondément seul et déprimé. Pas drôle ? La liberté des comédiens fait la différence. Elle nous permet d’échapper aux clichés habituels autour du cinéma mis en place par Rohmer. Cette liberté envahit la mise en scène : Rohmer suit dans quelques scènes des personnages qui n’ont rien à voir avec Delphine.

Il regarde la vie qui suit son cours et cette femme qui ne veut pas la rater. En bon moraliste, Rohmer ne filme pas sans y trouver son intérêt romanesque et narratif. Il accorde tout le film à son personnage central, ce qui donne un résultat étrange, pas facile d’accès mais absolument délicat et propose une sensibilité qui étonne dans les très prétentieuses et pétillantes années 80.


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 10/02/2011