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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

Le Président

Le Président

Yves JEULAND

Rezo films - 15 décembre 2010 - 2h

Et ta critique ?




Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, Frêche est un acteur épatant !


Le Président n’est ni une descente en règle, ni une apologie d’un homme politique, c’est un témoignage passionnant sur lacampagne menée en 2010 par Georges Frêche pour sa réélection de poste de Président du Conseil Régional de Languedoc-Roussillon.

Le réalisateur, Yves Jeuland,ne cherche pas à donner les clefs qui permettraient de comprendreson personnage. Il ne juge ni du degré de sincérité, ni du niveau d’efficacité d’un homme qui a régné sur Montpellier pendant 40 ans. Même si Georges Frêche est pris en flagrant délit de roublardise oude mensonge, il n’est pasévident desonjuger du degré de sincérité.

« Je suis bâti en acier. Je suis tendre aussi, mais je ne le montre pas. Si vous êtes trop tendre, on vous tue. Moi, je tue toujours le premier. Et, après, je pleure. »

Sincère ou pas, Georges Frêche s’est livré sans fard à la caméra d'Yves Jeuland. Il s’est laissé filmer en toutes circonstances, y compris en pyjama au petit déjeuner ou lorsque la fatigue le rattrape. Et il n’a pas exigé de droit de regard sur le contenu du film.

Tour à tour, Frêche écoute sagement ses experts en communication ou au contraire les envoie balader vertement, leur rappelant qu’ils ont l’âge d’être ses enfants, et qu’il reste le patron.

Il arrive que Georges Frêche désespère sciemment ses conseillers en ne les écoutant pas. Alors qu’ils martèlent et répètent que les attaques personnelles sont à proscrire, Frêche prend un malin plaisir à en rajouter sur ses rivaux et surtout sur les membres de son propre parti (le Parti Socialiste, qui va d’ailleurs l’exclure en pleine campagne pour avoir dit de Laurent Fabius qu’il avait un air « pas très catholique »).

Georges Frêche ressemble à un boxeur dans son coin, épuisé et hypnotisé par le combat qu’il est en train de mener. On est frappé par l’air quasi-absent qu’il arbore parfois. Il semble par moments se retrancher dans ses pensées, se plonger dans son monde, hermétique aux autres.

Même s’il confesse avoir peur de s’arrêter (la retraite et la chute du ciel lui sur sa tête étant les deux seules choses qui lui font peur !), l’on se demande finalement pourquoi il court encore. C’est comme s’il faisait cette campagne pour faire plaisir à son équipe, plus que pour lui-même. Les moments où on le voit visiblement heureux sont ceux où il jubile face à l’adversité, ou lorsqu’il chante (faux).

L’annonce de sa victoire haut-la-main ne semble d’ailleurs pas le réjouir vraiment. C’est comme s’il était à distance de lui-même et de cette gigantesque farce. Car il s’agit bien d’une farce, d’un grand show tragi-comique, même !

On rit très souvent pendant l’heure quarante que dure le film. Georges Frêche est un très bon client pour le cinéma, lui qui aime cabotiner et séduire. Lors d’une visite d’usine, se sachant visiblement diminué (il était quasiment incapable de marcher), Frêche se compare à Molière et souhaite, comme lui mourir sur scène. La comparaison n’est pas idiote : Frêche nous fait rire pendant deux heures.


Thibault Dablemont

© Etat-critique.com - 24/12/2010