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Jeudi 24 Mai 2012Art-scène

Le Plaisir

Le Plaisir

Raoul DUFY

Le plaisir 17 octobre 2008 – 11 janvier 2009 Musée d’art moderne de Paris

Et ta critique ?




L’automne 2008 est tout gris. Tout est triste. Tout est angoissant. Les belles couleurs chatoyantes de Raoul Dufy, mal aimé de la peinture française, font du bien au moral.


Dimanche après midi. On a gagné une heure de sommeil mais le soleil nous abandonne plus vite. Le ciel est plombé. C’est un long crépuscule qui accompagne cet après midi froid.

Une bonne écharpe, voilà l’élément nécessaire pour faire la queue devant le triste musée d’art moderne, abandonné à des skatteurs surdoués et des travaux qui ne finissent jamais. Face à l’effervescence bordélique du Palais de Tokyo, le musée d’art moderne fait vieillot et fatigué.

Heureusement l’intérieur est soigné et la nouvelle exposition offre des couleurs chaleureuses. Les premières œuvres de Raoul Dufy sont un vrai réconfort. Sainte Adresse et Le Havre réchauffent le visiteur. C’est assez rare pour être signalé !

On a souvent reproché à l’artiste ses évidentes influences. Il est vrai que le havrais a souvent suivi les élans de Cézanne, Matisse ou Picasso. Il s’est inspiré des mêmes endroits que ses maîtres. On peut s’interroger sur l’authenticité de son style.

L’exposition rappelle rapidement que le bonhomme était un professionnel. Sans être cynique. A l’aube du Vingtième siècle, Raoul Dufy a couru après la modernité et s’est promené sur des terres inattendues comme la fabrication de textiles. Il l’explique clairement : les tableaux ont débordés de leurs cadres pour se continuer sur les robes et sur nos murs.

Le peintre a travaillé pour la mode (avec Paul Poiret) et il a décoré des intérieurs luxueux. Il a conçu des décors de théâtre. Il a dessiné pour Apollinaire. Il a même réalisé de nombreux travaux patriotiques pendant la première guerre mondiale.

Raoul Dufy est un personnage atypique, loin des stéréotypes. C’est un touche à tout qui, petit à petit, a su créer un style vif et voyant. Son découpage bigarré entre le dessin et la peinture donne lieu à une douce évasion.

Il s’est imposé les modes (fauvisme, cubisme et impressionnisme) mais une grande liberté sort de la collection présentée. La visite se conclut sur La fée électrique où sur plus de 624 m², l’artiste accomplit un travail d’une exubérance exaltante.

La diversité de Dufy correspond aux tumultes artistiques du début du Vingtième siècle. On souhaite la même chose à ce siècle débutant, trop gris pour l’instant !


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 03/11/2008