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Jeudi 24 Mai 2012Livre

Le Petit Copain

Le Petit Copain

Donna TARTT

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne Rabinovitch - Pocket - 845 pages

Et ta critique ?




Après le succès planétaire du Maître des illusions, Donna Tartt sortait un gros bouquin: plus de 800 pages décevantes pour une histoire originale qui méritait mieux!


On a longtemps cru que Donna Tartt serait l'auteur d'un seul livre : Le maître des illusions. Paru en 1993, ce premier roman d'une jeune universitaire inconnue s'était hissé au sommet des classements des meilleures ventes tout en bénéficiant de 25 traductions et d'une critique unanimement élogieuse.

Un coup d'éclat sans lendemain puisque depuis cette époque aucune autre publication n'était venue étoffer cette œuvre naissante. De nature discrète, la romancière avoue aujourd'hui qu'elle a eu besoin de retrouver le calme et la vie tranquille nécessaire à son travail d'écriture.

La publication de son deuxième roman était donc attendue avec impatience et son arrivée dans nos librairies n'est pas passée inaperçue.

Hélas, Le petit copain n'est pas, loin s'en faut, à la hauteur du Maître des illusions. Si l'histoire et les personnages recèlent un potentiel intéressant, Donna Tartt a cru devoir, comme pour son premier roman, viser la course de fond (plus de 600 pages) quand un court récit aurait mieux convenu. On s'ennui donc ferme à la lecture des mésaventures de la jeune Harriet, 12 ans, qui, dans l'Amérique "sudiste" des années 70, va se fourrer dans un sacré pétrin en cherchant à venger son frère Robin, décédé alors qu'elle était bébé.

Harriet a peu connu son frère aîné dont la pendaison, quelques années plus tôt (crime ou accident ?), le jour de la fête des mères, a traumatisé durablement la famille. Du haut de ses lectures romanesques et de ses emportements de garçon manqué, Harriet se persuade que Danny Ratcliff, l'ancien petit copain de son frère, est le véritable responsable de sa mort et elle entreprend, avec l'aide de son ami Hely, de chercher le moyen de le tuer.

Si les personnages et le climat général du roman sont une vraie réussite, on ne peut pas en dire autant de la lenteur de la narration et des interminables digressions gratuites, qui n'ont d'autre intérêt que d'accroître l'épaisseur d'un ouvrage qui aurait gagné à être divisé par trois ! L'effet radical de ce choix abouti rapidement à désintéresser totalement le lecteur qui perd toute empathie pour des caractères qui méritaient mieux. Seuls les plus courageux et les plus résistants (ou les plus consciencieux), ceux qui auront survécus à la longue traversée du désert d'un roman sans ressort, profiteront du sursaut salutaire des 100 dernières pages. Il est malheureusement beaucoup trop tard, à ce moment-là, pour faire oublier au lecteur les interminables longueurs qui ont précédé. Et pas question de mettre ça sur le compte de la traduction : Donna Tartt maîtrise parfaitement notre langue et a été étroitement associée au travail de Anne Rabinovitch…

Evitez donc soigneusement ce Petit copain là, et lisez ou relisez plutôt Le maître des illusions en attendant la prochaine tentative de Mademoiselle Tartt. Le mître des illusions, 1993! Le petit copain, 2003... logiquement dans deux ans l'attente est comblé!!


Joel Fomperie

© Etat-critique.com - 17/11/2011