Le Loner accepte d'être secondé par le célèbre producteur Daniel Lanois, sbire de U2 et ami de Brian Eno. A plus de 60 ans, Neil Young est toujours vert !
Le précédent disque de Neil Young ("Fork in the Road") manquait cruellement d'originalité. De la folk avec des guitares vénères. Installé à la campagne, Neil Young y apparaissait comme un gentil papy écolo du rock.
Il a dû entendre la critique. Son nouvel opus prouve que le Canadien sait s'aventurer sur des terres inconnues et qu'il n'hésite pas à se remettre en question. "Le Noise" réforme tout le système du musicien. Neil Young sort de sa retraite.
Grand compositeur de chefs d'oeuvre acoustiques, Neil Young est aussi le père spirituel du grunge grâce à un goût prononcé pour la fureur électrique et les guitares saturées. Son style peut être caressant comme il peut détruire le mur du son, sans abimer la moindre oreille. Son lyrisme a toujours fait la différence.
Faussement chaotique, sa musique est profonde. Seul, il est doux comme un agneau. Avec le Crazy Horse, il peut monter sur des grands chevaux furieux. Pour son nouvel album, il confond ses deux tendances. Pour cela il a fait appel à un compatriote, Daniel Lanois, producteur de Bob Dylan et U2.
34e album de Neil Young, "Le Noise" présente le chanteur seul avec sa guitare (jolie pochette en noir et blanc). Elle est branchée sur un ampli que va bidouiller le producteur. Il y a donc de la ballade country mais aussi des morceaux étonnants où les échos et les boucles habillent le son. Lanois joue avec le style de Neil Young. Le secret de l'éternel jeunesse du musicien, c'est cette envie constante de tenter une nouvelle expérience.
Pas de jeunisme ici. On est encore très loin de la techno. Ce n'est pas non plus l'album le plus abordable de Neil Young. Mais c'est un concentré de rock. Un peu crépusculaire. Un peu prétentieux (avec une carrière comme la sienne, on lui en voudra pas). Un peu rebelle.
Neil Young vieillit bien. Il recycle ses idées avec une intelligence rare et s'amuse dans cet album à faire croire qu'il a avalé le Crazy Horse et qu'il joue désormais seul, affamé comme un ogre. Sa solitude de vieux rocker est touchante. Sa jeunesse sonore se renforce.
Au bout de quatre décennies, on a encore le droit d'attendre de grandes choses de la part du Loner.