Un pompeux et pompant Misanthrope…
Ouh qu’il est lourd ce Misanthrope mis en scène et joué par Serge Lipszyc au Théâtre le Ranelagh. Serge Lipszyc tel un Louis Jouvet, se met en scène lui-même, en avant scène, pour déclamer les vers du feu Molière qu’il finit d’enterrer.
Si Louis Jouvet révélait sans doute le texte de Molière, son interprétation est entrée dans l’histoire du théâtre, celle de Lipszyc ne restera probablement pas dans l’histoire du Ranelagh. On s’y ennuie. Et qu’il y a-t-il de pire au théâtre que ce mortel ennui ?
Se soumettre au texte au 21ème siècle impose désormais un parti pris scénique indispensable. A la Comédie Française comme au théâtre du Ranelagh. Malheureusement, nous ne sommes pas dans du Claude Régy, ni dans du Bob Wilson ou du Muriel Mayette…
Il y a bien quelques scènes rigolotes avec une jeune et bonne interprétation des petits marquis, ainsi qu’une farce "sganarellesque" ; mais voilà que les tétramètres du Misanthropique Serge reprennent la main et plongent le spectateur dans le calme boisé du théâtre. Et on finit par s’y endormir au bout d'une heure. Le sommeil, ce voluptueux luxe de l’ennui.
Alors on peine, et on en vient à plaindre ces jeunes étudiants venus là avec leur professeur de français pour découvrir Molière. Pourvu que cela ne soit pas leur première expérience théâtrale. Pourvu qu’ils fassent une recherche architecturale sur le magnifique théâtre du Ranelagh. Qu’ils en tirent du positif ! Pourvu que le professeur de français ait l’honnêteté suffisante d’accepter leur ennui… et de leur dire : ce n’est qu’un point de vue.
Sur scène, l’ensemble de la troupe dépasse par l’interprétation celle de Lipszyc, notamment celle de Bruno Cadillon. Un curieux déséquilibre. Et on finit pas se dire qu’il serait bon que certains metteurs en scène restent dans la salle plutôt que de se croire obligés de s’imposer sur un plateau en assumant le rôle de comédien. Dommage. Finalement, c'est peut-être plus une erreur de casting que de mise en scène...Lipszyc vient peut-être d'atteindre une limite.
A voir : pour tous ceux qui n’arrivent pas à trouver le sommeil.
http://www.theatre-ranelagh.com/fr/spectacles.html
Courteligne
© Etat-critique.com - 03/04/2011