En matière de destins tragiques, c’est quand même l’univers du rock qui tient le pompon ...
Bon, bien sûr il y a la liste démesurée des morts tragiques, des accidents, des estropiés, des assassins, des pétages de durites définitifs… Toutefois, on aurait tort de négliger d’y ajouter ces tripotées d’histoires moins spectaculaires mais au minimum aussi cruelles : coups du sort, rendez-vous manqués, ratages et loseries en tout genre qui se sont abattus inexorablement sur des rockeurs maudits.
Allez, tenez, en voici une !
Mettez vous dans la peau d’un beau gosse nommé Pete. Nous sommes en 1959, vous avez 18 ans et vous jouez honnêtement de la batterie. Votre mère possède un club à Liverpool, la Casbah, où elle accueille les petits groupes du coin. Au nombre desquels The Quarrymen (qui deviendra ensuite The Rainbows puis Johnny and the Moondogs ), qui comptait dans ses rangs un certain John, un certain Paul et un certain George. 1960 : rebaptisé The Silver Beetles puis The Beatles et enrichi d’un (très mauvais) bassiste nommé Stuart, le groupe en question est à la recherche d’un batteur pour honorer une série de concerts dans des clubs en Allemagne. Et c’est vous, le fils de la dame de la Casbah, qui êtes embauché.
Entre 1960 et 1962, vous endurez cinq longs séjours à Hambourg avec ce groupe dont vous êtes devenu le batteur officiel. Logés comme des chiens sur des matelas dans les chiottes, surexploités, jouant des heures et des heures jusqu’à l’épuisement, regonflés aux amphétamines, les Beatles jour après jour gagnent en maturité, en dextérité, en musicalité, en sexualité… Pour ainsi dire, ils « maturent ».
« Ce que nous avons fait de meilleur n'a jamais été enregistré. Nous étions des performers, nous jouions du pur rock dans des dance halls, et ce que nous produisions était fantastique. » dira bien plus tard John de cette période.
Dans cet intervalle, Stuart abandonne les Beatles pour une femme. Puis dans les mois qui suivent, il meurt. Commotion cérébrale. Et c’est Paul qui reprend (avec beaucoup plus de talent) le rôle de bassiste.
Et puis vous rentrez à Liverpool. Et vous jouez à la Cavern. Et vous avez du succès. Et Brian Epstein vient vous voir. Et il vous adore. Et il est homo. Et il tombe amoureux de John. Et il décide de vous prendre en mains. Et il a des sous. Et il a des relations. Et il vous fait enregistrer des bandes (15 titres en une heure !). Et il les présente au label Decca. Et Decca les retoque (NB : ils se les bouffent encore aujourd’hui !). Et il vous présente à George Martin (EMI Parlophone). Et ça colle. Et le 6 juin 1962, vous entrez dans les studios Abbey Road. Et on parle d’un album et de Love me do, un single ! Et c’est super !
Sauf que…
Sauf que George Martin pense que finalement, ça serait mieux de changer de batteur. Il en fait part à John, Paul et George, vos vieux potes de galère. Et ils disent « Ok, vous avez raison ». Et ils n’ont même pas les couilles de venir vous le dire en face. C’est Epstein qui le fait, brutalement, sans ménagement.
Et c’est comme ça que Richard Starkey, alias Ringo Starr reprendra vos baguettes encore toutes chaudes pour terminer la plus belle partie de la plus belle aventure de la pop musique de tous les temps !
Allez, maintenant, vous avez assez souffert. Vous pouvez sortir de la peau de Pete Best.
Car c’est comme ça qu’il s’appelait : Best.
Le meilleur des losers, ça oui !
Totalement abandonné (il n’a depuis plus jamais eu de contact avec les Beatles ! – autant dire que pour Lennon et Harrison c’est définitivement râpé), après quelques tentatives musicales sans aucun succès, il regardera évoluer ses anciens collègues en tentant de se suicider, puis en travaillant en boulangerie puis à l’agence pour l’emploi…
Aujourd’hui âgé de 70 ans, il profite de sa retraite pour reprendre les baguettes et tourner dans les pubs avec son Pete Best Band . Son répertoire ? Please Mr Postman, Hello Little Girl, My Bonnie, Cry for a Shadow, Roll over Beethoven ... tous les morceaux de l'époque de Hambourg avec les futurs Beatles !