Un succès littéraire fulgurant, de l’argent, des aventures sentimentales en nombre, une vie facile en somme, alors que manque-t-il au bonheur de Joe Goffman ?
Joe Goffman est un jeune écrivain new-yorkais qui connait la célébrité avec Bush Falls, premier roman autobiographique –dont l’action se situe dans sa ville natale– et vite adapté au cinéma. Il y dénigre sans ménagement les habitants et leurs traditions persuadé d’agir en toute impunité. Mais c’était sans compter sur un coup du sort qui le contraint à revenir à Bush Falls.
Ce retour vers le passé, 17 ans plus tard, se révèle être un voyage initiatique évidemment suicidaire car Joe se heurte à l’hostilité des habitants et de ses proches, blessés et caricaturés dans son livre. Néanmoins, il n’essaie pas de fuir : il est prêt à assumer ses propos et même à en découdre. S’impose-t-il une sorte de pénitence comme mû par un besoin inconscient d’alléger sa culpabilité ? Ou bien, au contraire, règle-t-il ses comptes pour se venger rétrospectivement, les faire réagir et changer leurs mentalités puritaines ?
En fait, Jonathan Tropper nous offre deux livres en un : mésaventures de Joe et extraits de son roman alternent. Ces flashbacks sur sa dernière année de lycée apportent un éclairage sur ce qu’il est en train de vivre. Dans son livre, il revisite les événements marquants de son adolescence : sa relation complexe avec son père, ses copains et son premier et seul amour. Il s’agit pour lui de renouer avec l’adolescent qu’il a été.
Tout au long de son oeuvre, l’auteur distille des réflexions sur le temps et le poids des souvenirs. Que garde-t-on des événements passés ? Jonathan Tropper s’interroge sur la manière dont la mémoire les réinterprète et les déforme. Certains adultes persistent dans une vision passéiste de leur vécu, leur perception demeure figée dans une époque. L’impression d’avoir laissé quelque chose derrière soi nous empêche parfois d’évoluer dans le temps.
C’est sans doute pourquoi, Joe, qui a vécu la plus heureuse période de sa vie à Bush Falls, y retourne aussi dans l’espoir de venir à bout d’une crise existentielle de la trentaine, en quête de l’essentiel, lui qui possède déjà le superflu.
En conclusion, prenons Le livre de Joe pour ce qu’il est : un roman drôle, émouvant, évitant le larmoyant grâce à Joe, figure pleine d’auto-dérision et d’insouciance qui dédramatise les situations. L’intrigue est bien ficelée, les personnages sont attachants mais on peut toutefois déplorer l’happy-end à l’américaine, un peu facile.
C’est donc un savoureux roman sans prétention littéraire et un réjouissant moment de lecture qui vous attendent !
Marie Gallego
© Etat-critique.com - 31/07/2008