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Jeudi 24 Mai 2012Art-scène

Le Grenier

Le Grenier

Yôji SAKATE et Jacques OSINSKI

9 mars – 3 avril 2010 Théâtre du Rond-Point - 75008 de 10 à 28 €

Et ta critique ?




 

« Le fœtus s’enferme bien dans le ventre de sa mère : c’est dans la nature humaine que de vivre enfermé ».

 

 

Le Grenier est une petite boite préfabriquée, sorte de mini-conteneur avec un toit en sous-pente. Personne ne sait exactement qui l’a inventé ni qui le fabrique. Phénomène de mode, ce grenier en kit est devenu la coqueluche, le must have des Hikikomori, c’est-à-dire des adolescents attardés qui rejettent le monde extérieur et refusent de sortir de chez eux.

 

L’auteur, Yôji Sakate, imagine à travers une succession de saynètes les effets que pourrait avoir un tel grenier sur les jeunes japonais et sur leurs familles ; il décrit la fascination des adolescents pour cette boîte et la relation intime, presque charnelle, qui se crée entre l’homme, l’objet et sa solitude, certains Hikikomori allant jusqu’à se suicider dans leur Grenier.

 

La pièce démarre sur les chapeaux de roue – et, il est vrai, peine parfois à maintenir le rythme endiablé du début – et l’on passe du grotesque au drame sans quitter le registre de la comédie. Yôji Sakate dépeint l’enferment et évoque la façon dont la virtualité éloigne du réel.

 

Le texte pose un regard intéressant sur la modernité, la solitude et le repli sur soi ; de plus, bien qu’indéniablement japonais, il est assez universel. Le choix des comédiens – aucun d’eux n’est asiatique – renforce d’ailleurs ce sentiment d’universalité dramatique.

 

Le décor - une simple boîte exigüe dans laquelle défilent (et parfois s’entassent) les personnages - est simple, presque épuré.

 

Les comédiens sont à peu près tous épatants, avec une mention spéciale pour le duo formé par Remy Boubakha et Stanislas Sauphanor, parfaits en flics comme en yakusas stupides.

 

Décor, texte, interprétation et mise en scène de qualité sont les matériaux d’un énigmatique et inquiétant grenier.


Thibault Dablemont

© Etat-critique.com - 19/03/2010