Un trio virtuose, absurde et décalé qui nous livre un spectacle très bien écrit porteur d’une joie communicative. Jubilatoire!
Ce club n’a pas chargé Les Trois baudets de frais de production démesurés.
Pas de décor, pas de costumes de scène : une tenue simple et efficace : jean, baskets, veste en velours ornée d’un badge intriguant, pas de musique non plus pour accompagner leurs airs de fête, toute l’allure dandy de ce trio réside dans leur verve et leur … moustache !
Mais quelle moustache ! Et surtout quelle verve !
Leurs « lèvres chevelues » les soudent dans un club poétique très select fermé aux imberbes ! Il leur faudra bien une heure trente de verbale révolution en public pour se laisser convaincre de ne plus avoir peur des non poilus !
Le Grandiloquent Moustache Poésie club nous a réjouit d’un spectacle percutant, décalé et loufoque, à la croisée du slam, de l’humour et du café théâtre. Les trois moustachus manient la langue française avec brio, intelligence et sensibilité pour nous raconter leurs débuts, leurs anecdotes d’enfance tantôt acides, tantôt attachantes en route vers la gloire !
On se retrouve dans leur autoportrait plein d’autodérision savoureuse.
Mathurin se dit d’une banalité hors du commun, « un étourdi de grande classe a hérité de la couronne des plans qui foirent, reconnaît être doté de beaucoup de défauts mais pas de complexe, fait rarement aujourd’hui ce qu’il pourrait faire demain ».
Ed Wood quant à lui se qualifie de « marquis dégueulasse », il a bien compris combien manier la poésie pouvait être un atout pour réveiller les fantasmes des filles! Alors il en use avec ruse pour attiser les convoitises avec gourmandise ! Son « Je voudrais être un dauphin », tour à tour déclamé avec une voix de pubère, en japonais ou en verlan fait mouche.
Astien, nouvel empereur des mots, toujours là pour réveiller notre fibre romantique et créer une interaction avec la salle, ô combien réceptive ce soir là ! Pour l’anecdote : un groupe d’adolescentes accompagnées par leur professeur ont scindé ses belles phrases : « J’ai volé tes sourires pour les mettre dans mon cœur » de Ouaahhhh…. rêveurs… A croire que la drague moderne de parvis de lycée ne les avait jamais ainsi fait vibrer…
On retrouve l’essence du slam qui va puiser l’inspiration dans les galères, les souffrances intériorisées, les joies incommunicables pour en faire des poèmes drôles et émouvants. Leur langage sophistiqué, précieux et libertin donne un surcroît de plaisir. Leur devise : Partir de l'intime pour aller vers l’universel. Ainsi on se délecte à les écouter nous dévoiler leurs anecdotes d’enfance, leurs histoires de filles qui ratent, leurs fantasmes inassouvis.
Nous autres messalines, nymphes et autres sabines sommes comme ils disent face à « un beau gosse, un bon coup, un bon copain" qui sussurent à nos oreilles averties « Je te payerai une bonne cuite pour oublier son baratin, tu tutoieras les anges au septième ciel, les autres s’occuperont de la vaisselle ».
Comment dès lors aller danser sans les repenser mimer les permanentes d’un soir virevoltant?
Comment relire des contes pour enfant sans les revoir jalouser le prince charmant qui débarque à la toute fin comme le messie avec son "visage de Marc Lavoine et ses bottes de Francis Lalanne ? "
Ils veulent être plus connus que le lapin Duracel, c’est tout ce qu’on leur souhaite !
http://www.lestroisbaudets.com/
Estelle Grenon
© Etat-critique.com - 24/01/2012