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Jeudi 24 Mai 2012Art-scène

Le Grand Inquisiteur

Le Grand Inquisiteur

FEDOR DOSTOÏEVSKI et MLADEN MATERIC

du 23 mars au 02 avril 2010 Théâtre de la Bastille - 75011 PARIS

Et ta critique ?




Il faut le reconnaître : c’est vrai, mettre en scène le Grand Inquisiteur de Fédor Dostoïevski n’était pas un pari facile. Le spectacle adapté par Mladen Materic et proposé au Théâtre de la Bastille du 23 mars au 2 avril est une vraie catastrophe.


Dans le jeu de Gustavo Frigerio, il n’y a rien de l’autorité menaçante du Grand Inquisiteur peint par Ivan Karamazov. Rien de la stature d'un homme dangereux et puissant, duquel dépendent les sorts de l'humanité.

Plus qu’un Torquemada, on aurait dit un écolier soucieux de bien prononcer ses phrases apprises par cœur, attentif à n’en pas oublier un mot, désireux d’atteindre la fin sans avoir fait trop de fautes.

Dans le rapport entre les deux acteurs, il ne se dégage rien de la tension qui dérive, comme dans le roman d’origine, d'un dialogue philosophique entre le chef politique et religieux de la Terre et le Sauveur du monde. Rien de la rage et de l'ironie désillusionnée opposées par le premier à l'amour inconditionnel de l'autre. On aurait dit une dispute assez commune et banale d’un couple qui se fait des reproches.

Tons de plainte, monocordes, apathiques. Gestes embarrassés, dépourvus de nécessité. Un monologue qui entraîne des distractions faciles chez le spectateur, en effaçant l’importance essentielle de l'enjeu en cours, qui, en traitant la délicate question de la liberté de l’homme, recèle toute la complexité de la pensée religieuse de Dostoïevski.

Il y a, c’est sûr, de quoi détruire un chef d’œuvre. Et si le jeu d’acteur est un choix précis de reproposition innovante du texte de l’auteur russe, il n’est pas du tout abouti, ni assumé avec force et conviction.

Vivement déconseillé à tous les passionnés de Dostoïevski.



Gloria Morano et Flavia Ruani

© Etat-critique.com - 25/03/2010