RSS - Les dernières actualités RSS - Les dernières news Réalisé par Agence Web Conseil - Little Big Studio RETOUR A L'ACCUEIL - QUI SOMMES NOUS - RECRUTEMENT - CONTACT

Lundi 06 Septembre 2010Musique

 Le Grand Déballage

Le Grand Déballage

Les NéGRESSES VERTES

(Virgin - 2002)

Et ta critique ?




Voilà un disque qui porte vraiment bien son nom ! "Tout et n’importe quoi" aurait également été un bon titre. Et en même temps, tout ça est tellement caractéristique de ce groupe qui a eu le mauvais goût de ne pas changer de nom au soir du 21 janvier 1993, à la mort de Noël Rota, son chanteur-parolier emblématique.





Car il était indissociable de l’appellation Négresses Vertes, le Helno. C’est lui qui s’était pointé sur la scène du bal des pompiers en 1985, les cheveux teintés en vert pour lancer une break-dance tribale avec ses compères (dont faisait partie Stéphane Mellino, le guitariste) ; ça n’avait pas plu aux pompiers, qui les ont vite dégagés en les traitant de... "négresses vertes". C’était un type impressionnant, totalement habité, d’une présence unique et d’une créativité hors pair. Complètement en dehors du réel, inaccessible et camé jusqu’au trognon. J’avais eu l’occasion de le rencontrer après un concert des Pires, dans un bar près de l’Elysée Montmartre à l’époque : il marchait avec des béquilles et il était impensable d’entamer une discussion avec ce Shane McGowan de banlieue au regard délavé. Il y avait Manu Chao aussi ce soir-là, avec un bonnet péruvien. Mais il a mieux tourné, lui, depuis...

Bref, après deux albums extraordinaires, Helno est mort. Et les Négresses ont continué coûte que coûte, allant de remix en rabibochage, saccageant l’héritage, surexploitant le filon... Et voilà qu’on nous en remet une lampée avec cette compilation sans queue ni tête, mélangeant l’extraordinaire au médiocre en pensant peut être en faire quelque chose de potable. Mais non. Par pitié, ne consommez pas ce salmigondis lourdingue. Si vous voulez découvrir les Négresses Vertes, les vraies, celles dignes de ce nom, achetez tout simplement Mlah (1989) et Famille nombreuse (1991). Et délectez vous. Deux diamants à l’état pur, à l’origine de plein de choses dans ce qu’on a appelé le "rock français" à l'époque (à tort d'ailleurs, car on était plus proche de la chanson réaliste à la sauce manouche...avant qu'elle ne tourne aigre elle aussi).

Combien de clones, combien d’ersatz, combien de copieurs ont pillé le sarcophage ! Une liste interminable s’accumule déjà dans ma tête rien que d’y penser et que je tairai par pudeur. Ces cuivres de fanfare, cet accordéon java, ces guitares romanichelles et cette voix si caractéristique, fragile et entraînante à la fois. Bon sang, je peux vous dire que sur scène c’était quelque chose ! Quelle allure ! Quelle fête ! Quel plaisir ! Et ces deux disques, je les ai écoutés cent fois, avec toujours la même ferveur, le même enthousiasme.

Les marchands du temple ont encore sévi. N’allez pas les engraisser. N’oubliez pas : les Négresses Vertes sont mortes le 21 janvier 1993. Mais elles ont laissé assez en deux disques pour que survive tout un style, toute une âme et tout un univers dans les cœurs des petits devenus grands et des grands devenus vieux.



Roland Caduf

© Etat-critique.com - 21/02/2010