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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Le Dernier Roi d Ecosse

Le Dernier Roi d Ecosse

Kevin MCDONALD

Les commentaires

roland

Le 22/02/2007

Un sacré bonhomme que cet Amin Dada ! Malheureusement trop peu connu et trop décrié.
Merci de votre chronique qui le réhabilite aux yeux de l'humanité.

Et ta critique ?




Décidément l’Afrique est au cœur du cinéma anglo-saxon. Après Blood Diamond et juste avant Au Nom de la Liberté, voici une évocation fascinante sur l’un des pires dictateurs africains, Idi Amin Dada. Envoûtant !

Au début des années 70, Nicholas Garrigan est un jeune médecin écossais qui rêve d’aventures. Il part en Ouganda pour aider un docteur britannique. En 1971, un coup d’état met au pouvoir un militaire, Idi Amin Dada. Garrigan le croise et le soigne au hasard d’un accident. Le nouveau président se prend d’affection pour le jeune homme. Il lui demande d’être son médecin personnel.

Le président est affable, poli et rieur. Sa bonhomie rassurerait s’il n’y avait pas ce regard. On y devine le bouillon surchauffé où baignent les idées du boucher de l’Afrique. Ca sent le brûlé sous la casquette et Forest Whitaker inquiète. Au bord du cabotinage, il impressionne. Il s’approprie avec emphase le président dément sous toutes les coutures.

C’est la belle qualité de ce film. Idi Amin Dada est un être complexe, inconstant et dangereux. Un grand malade qui irradie autre chose que l’angoisse. Avec le personnage de Garrigan (joué parfaitement par James McAvoy, sorte de Russell Crowe tout maigre), on comprend toute la fascination que peut révéler un dictateur.

Il y a un semblant d’humanité chez le tyran ougandais. Garrigan, comme tout occidental, voit d’abord le folklore et l’exotisme. Puis le politicien hospitalier est remplacé par un paranoïaque nationaliste. Le film explore la folie criminelle qui s’installe. A la fin de son règne, en 1979, Amin Dada sera accusé de la mort de plus de 300 000 personnes.

Le film fustige autant l’indigence de l’homme blanc que la barbarie politicienne des dirigeants africains. Comme Shooting Dogs, la complaisance de certains est aussi abominable que la violence des autres. Le Dernier Roi d’Ecosse est une bonne piqûre de rappel.

Et un sacré bon film ! Mis en scène par Kevin McDonald, échappé du documentaire, le film est palpitant, sorte de thriller africain de plus en plus étouffant. Shakespearien, le dictateur entraîne son pays dans la folie et on s’inquiète rapidement pour le frêle héros, piégé dans un pouvoir perverti à l’extrême. Le réalisateur colle au plus près du monstre. La visite se faisait agréablement, se détériore doucement et finit dans un cauchemar, hélas, authentique.

Ne gommant jamais le rapport ambigu entre les blancs et les africains, Le Dernier Roi d’Ecosse effraie et donne l’impression de faire un très honnête devoir de mémoires. Salutaire, intelligent et jamais pontifiant, ce film va bien au-delà de l’interprétation tragique et inspirée de Forest Whitaker. Cela serait nier la grande nécessité du film !


Pierre Loosdregt © etat-critique.com février 2007

© Etat-critique.com - 18/02/2007