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Jeudi 24 Mai 2012Art-scène

 Le Combat de Tancrède et Clorinde - Le Bal des Ingrates

Le Combat de Tancrède et Clorinde - Le Bal des Ingrates

Gintaras VARNAS et MONTEVERDI

Scène Watteau à Nogent-sur-Marne et en tournée : Le 21 mai, Théâtre des Bergeries, Noisy-le-Sec ; Les 24, 25 et 26 mai, Théâtre Dijon-Bourgogne, Centre Dramatique National, Dijon, dans le cadre du festival Théâtre en mai Le 28 mai L’ACB, Scène Nationale

Et ta critique ?




Merveilleux !


Gintaras Varnas monte deux madrigaux de Monteverdi, Le Combat de Tancrède et Clorinde, et le Bal des Ingrates. Ces deux opéras baroques d’une trentaine de minutes chacun sont tout simplement mis en scène de manière somptueuse. Une exceptionnelle alliance de marionnettes et de musique au service de la contemplation.

Tancrède, un guerrier chrétien rencontre Clorinde, une jeune musulmane dont il tombe amoureux. La guerre des religions reprend. Au cours d’un combat Tancrède tue un adversaire qui lui demande avant de mourir de lui donner le baptême pour laver son âme des péchés d’une vie entière. « Le ciel s’ouvre ». Tancrède accepte et découvre le drame, il vient de tuer Clorinde. Clorinde « si rebelle dans la vie et si servante dans la mort » s’éteint au grand désespoir de Tancrède.

Avec une tragédie telle, le madrigal aurait pu être pompeux et « classique ». Varnas le prend à contrepied et en fait un délicieux tableau dans lequel émotion et pamphlet ironique contre la guerre s’enchaînent. La chair à canon de Voltaire n’est pas loin. Les corps des deux chevaliers deviennent des morceaux de corps désarticulés en suspension dans l’air. Le combat oscille alors entre combat céleste plein de grâce, de magie, de musicalité et combat de l’absurdité quand les corps ne deviennent que des puzzles au service de la guerre. Ludique, étonnant. L’effet est radical. La trouvaille des marionnettistes dépoussière le genre avec une étonnante justesse pleine d’humour et d‘intelligence. Les enfants apprécient autant que les grands.

La mise en bouche du premier spectacle n’est qu’un doux préliminaire à côté de la suite. Le bal des Ingrates , madrigal amoureux décrit la résurrection des Enfers de vieilles filles qui ont refusé l’amour. Varnas enrichit le propos par une mise en scène pleine de fantaisie, d’humour et de beauté. La fantaisie est prise en charge par un cupidon chérubin, une espèce de pantin caricatural proche de l’agitation d’un moustique. La beauté et la grâce sont prises en charge par Vénus, statue aux bras dansants, et ces vieilles femmes issues de l’Enfer, poussiéreuses au masque lunaire et grimaçant, enlaidies par une vie sans passion.

Elles pourraient basculer dans la gratuité d’une caricature à la Daumier, elles deviennent belles et touchantes dans la laideur. Le retournement de l’émotion est une rareté. On reste admiratif et subjugués par cette laideur qui nous entraîne musicalement dans des moments de grâce et de réelle émotion. Le parti pris est pourtant osé. Mettre les chanteurs en haut du castelet et céder la place à de laides marionnettes n’était pas gagné.

Alors, le public crie bravo dans la salle. Varnas élève le spectateur. Deux spectacles de grande qualité à ne manquer sous aucun prétexte. Baroques comme deux perles. Irrégulières et si belles.

 

 


Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 20/05/2011