Une œuvre au noir courte et efficace. Bertrand Louis porte les habits du spleen contemporain. Le costard sombre lui va bien.
Bertrand Louis avait la réputation d’un dandy parisien un petit peu prétentieux. Il faut dire que l’homme aime la pop mélodique aux accents de Ménilmontant. Bref, on n’attendait pas le chanteur dans un centre commercial. Pour lui, ce doit être l’horreur.
Cela a pourtant inspiré l’auteur. Son nouveau disque présente une fausse austérité. La pochette est noire. Il s’agit d’un album concept autour d’une histoire de meurtrier.
Qu’est ce qui pousse au meurtre aujourd’hui ? Pour Bertrand Louis, il s’agit de cette écrasante société de consommation. L’individu est broyé, réduit à se faire hypnotiser par les publicités et la télévision.
L’aliénation inquiète le musicien qui se lance donc dans une évocation d’un quotidien sinistre, glauque malgré les couleurs de promesses fausses, d’actualités spectaculaires et d’un besoin téléguidé de consommer.
Heureusement, pour évoquer cette triste mécanique, Bertrand Louis ne se laisse pas aller à une musique synthétique. Les morceaux sont joués avec plaisir et beaucoup d’envies.
C’est de la pop enlevée, très loin des canons de la radio. On pense à Dominique Dalcan ; avec peu d’effets, il trouve des refrains identifiables et profite de l’influence anglaise tout en respectant les réalités made in France.
Bertrand Louis a imaginé son disque comme un film noir. Ce qu’il raconte est sombre mais la manière est plutôt lumineuse. Il y a peut être une ou deux chansons faibles (il enfonce tout de même des portes ouvertes) mais l’ensemble tient la route et surtout nous tient en haleine.
L’ambiance nous submerge dans un monde qui se disloque. La musique, elle, nous enveloppe dans une amertume assez douce et une orchestration convaincante. Les guitares résonnent. Le piano est resté trop longtemps au bar. Les rythmes emballent.
On ne pensait pas écrire cela un jour : on vous conseille fortement la visite de ce centre commercial