Une famille de doux dingues !
On entre tout doucement dans l’univers de la famille Coleman. D’abord avec Mémé et son fils Marito, qui se disputent gentiment ; c’est à qui ne préparera pas le petit déjeuner. Pas facile de faire du café, surtout que Marito cache les allumettes pour faire enrager Mémé.
Les habitants de cet appartement joyeusement bordélique semblent un peu à la masse et manifestement fauchés. La grand-mère, la mère et ses trois grands enfants vivent ensemble, se croisent, se mêlent, s’engueulent tout en se demandant qui partira le premier, qui échappera au bordel ambiant.
Ils se chamaillent, se fâchent, s’épuisent, mais ils font bloc et trouvent leur équilibre auprès de la grand-mère, pas dupe de la folie de sa fille et de son petit-fils, et qui les aime tendrement. Seule Véronicà - quatrième enfant de Mémé, élevée par son père - n’accepte pas cette famille qu’elle a du mal à faire sienne. Une famille trop décalée pour une femme qui se veut résolument conventionnelle…
La famille Coleman questionne ceux qui s’inscrivent dans la normalité, elle bouscule les principes bien établis. Au médecin qui tente de comprendre pourquoi les enfants n’ont pas le même nom de famille, et qui s’acharne à esquisser un arbre généalogique, la grand-mère demande en quoi cela l’intéresse, puisqu’eux-mêmes s’en foutent !
Le fait que la pièce soit en espagnol (avec un sur-titrage très bien géré), ajoute une jolie touche exotique. Les frasques de la famille Coleman sont irrésistiblement drôles et déclenchent des éclats de rire toutes les cinq minutes. Le personnage de Marito, doux dingue réellement timbré, constamment en décalage avec la réalité, y est pour beaucoup.
Pour autant, si Le cas de la famille Coleman est indéniablement une pièce comique, le drame est présent en filigrane. Car si Marito est drôle, c’est aussi un peu à ses dépens, puisque son esprit est authentiquement dérangé.
La pièce est finement construite autour de ce rapport entre la normalité et l’anormalité. Ainsi, Véronicà, qui est la plus « normale » de tous, n’est certainement pas la plus malheureuse de la famille ; mais est-elle pour autant la plus heureuse ?
Thibault Dablemont
© Etat-critique.com - 19/10/2010