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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Le 13e guerrier

Le 13e guerrier

John MCTIERNAN

Avec Antonio Banderas, Vladimir Kulich, Daniel Southern et Omar Sharif Metropolitan filmexport – 1999 – 1h42

Et ta critique ?




Remonté par Michael Crichton, Le 13e guerrier reste un film de John McTiernan. De la nature, les mythes, la communication, la barbarie, cette renaissance du film de vikings retrouve tous les sujets propres à son réalisateur. Ce sera le chant du cygne d’un artisan désormais malmené.


Pour avoir abusé d’une femme appartenant un riche marchand, l’impétueux Ahmed Ibn Fahdlan est exilé de Bagdad pour visiter les terres du Nord et les rois qui s’y trouvent. Il rencontre une tribu de vikings mené par le magnétique Buliwif. Ce dernier est appelé par le roi Rothgar pour lutter contre les Wendols, d’étranges créatures qui dévorent leurs victimes. Ahmed Ibn Fahdlan est obligé de suivre Buliwif et douze autres combattants scandinaves qui avancent vers le danger la peur au ventre.

Deux ans ! Il aura fallu deux ans d’attente pour que le film sorte enfin sur les écrans. Réalisé après Une journée en enfer, McTiernan et son producteur Michael Crichton ont passé leur temps à se tirer dans les pattes pour imposer le montage désiré. Le cinéaste a perdu et Le 13e guerrier est la version voulue par l’insupportable producteur romancier qui a déjà fait péter les plombs à des vieux briscards comme Philip Kauffman (Soleil Levant) et Barry Levinson (Harcèlement, Sphère).

Même amputé d’une demi heure, le film est néanmoins une œuvre proche de l’univers malin du réalisateur de Piège de Cristal. Car Le 13e guerrier est une vraie réflexion sur le mythe. Le travail de démythication est au cœur de l’intrigue. La lutte des vikings est un combat contre une croyance. Sous la forme d’un voyage initiatique, ce que vont faire Fahdlan et ses amis blondinets, c’est déchiffrer une légende. McLane avait vite compris que les terroristes étaient des cambrioleurs. Ryan avait découvert que les communistes pouvaient être des humains. Le jeune Danny apprenait que Schwarzenegger n’était pas qu’un super héros. Dans tous ses films, McTiernan détruit des stéréotypes et des facilités scénaristiques.

D’ailleurs, Antonio Banderas n’est pas le héros du film. McTiernan détourne la figure du héros vers un personnage plus fascinant, Buliwif, qui n’a rien à voir avec le Beowulf ringard de Christophe Lambert. Une fois de plus, le personnage principal est plus un spectateur qu’un acteur de l’action.

S’amuser à taquiner les poncifs du mythe hollywoodien, voilà une idée qui ne plait pas beaucoup du coté des studios qui feront payer cher au cinéaste, ces obsessions.

Comprendre sa croyance, ses mécanismes et ses secrets, voilà le premier travail des héros du film. Ensuite, les 13 guerriers vont pouvoir affronter leurs mystérieux adversaires. Ils deviennent aussi barbares et primitifs que les wendols. La compréhension mène à l’action. Cette action renvoie l’homme à ses instincts primaires et bestiaux. Ce qui rend le spectacle très violent.

Etrangement le film rappelle Henry V de Kenneth Branagh. La guerre est sale. Elle n’a rien de glamour ou de romanesque. Ce n’est que boue, perforations, blessures et agonies. On est proche de Predator et son héros décivilisé. Pourtant derrière le spectacle de la violence, Le 13e guerrier continue d’explorer l’humanité chancelante. Cela rend le cinéma de McTiernan parfaitement identifiable.

Le savoir et la communication sont les qualités qui peuvent sauver ses héros. Avec une réalisation inspirée et originale, le cinéaste, comme dans l’Octobre Rouge, se permet une audace linguistique et visuelle qui souligne l’importance de ce thème.  Avec ce genre de plan, il prouve qu’il est un artisan unique en son genre du coté de Los Angeles.

Le film sera logiquement un bide. Cette nouvelle édition remet à plat tous les fantasmes nés du combat artistique entre le producteur et le cinéaste. Passionnant.

Pour McTiernan, Pierce Brosnan, star de son tout premier film, Nomads, ira chercher le cinéaste pour réaliser le remake de L’affaire Thomas Crown. Cela n’empêchera pas ensuite le réalisateur de se planter et de se disputer allégrement avec les décideurs d’Hollywood. Son remake de Rollerball est un navet certain et Basic prouve que son génie de la mise en scène peut résister à un scénario un peu léger.

Depuis, peu de nouvelles et des projets avortés. En tant que producteur du dernier Die Hard, il devrait pouvoir retrouver un peu de crédibilité à Hollywood mais il est certain que ses prochains films seront plus d’habiles séries B (si elles ne sont pas tronquées par les producteurs) que des œuvres définitives. John McTiernan est finalement à l’image de ses héros : fatigué !


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 03/12/2011