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Jeudi 24 Mai 2012Musique

 Lay It Down

Lay It Down

Al GREEN

(Blue Note, 2008)

Et ta critique ?




Al Green est toujours aussi vert !  Je sais, elle est un peu facile, mais, produit par le batteur des Roots, le révérend retrouve le son unique qui fit son succès. Du pur plaisir.


Blue Note avait eu la bonne idée, il y a cinq ans, de réunir à nouveau Al Green, sorti de sa période religieuse, et le mythique producteur de Memphis Willie Mitchell, celui-là même qui fit de lui une énorme star au début des seventies avec son label Hi, où Green révélait ce style unique, à la fois terrien et sensuel, entre Otis Redding et Marvin Gaye.

Deux albums fort sympathiques sont sortis de cette "reformation", I Can't  Stop (2003) et Everything's Ok (2005), mais qui pêchaient un peu par excès de nostalgie et une production un peu trop fournie parfois. Comment recréer trente ans après la magie des Let's Stay Together et autres Simply Beautiful ? Mission quasi-impossible… Mais, bon, Al Green était de retour chez lui, et rien que ça, c'était une bonne nouvelle.

Pour son troisième opus du 21è siècle, le révérend a lâché Mitchell pour Ahmir Thompson, alias ?uestlove, batteur et arrangeur du groupe rap The Roots, et le clavier James Poyser. Les trois hommes se sont adjoint un groupe exceptionnel avec Adam Blackstone (basse), l'excellent Chalmers « Spanky » Alford (guitare), et les Dap-Kings de Sharon Jones aux cuivres.

Et la magie fonctionne : ?uestlove, fan absolu de Green, a su lui fabriquer l'écrin sonore idéal, et le comble, c'est que cet album sonne beaucoup plus dans l'esprit des sommets de sa période Hi que ses deux prédécesseurs, sans pour autant sembler trop oldies. Là encore, la qualité du groupe fait la différence : les musiciens sont arrivés à tenir le bon bout très vite, en peu de prises, afin de conserver la spontanéité inhérente à cette musique. La basse et l'orgue Hammond ronronnent, la batterie est à la fois sèche et subtile, le guitariste passe du blues du Delta au jazz-funk, et surtout tout le monde est au service du chanteur. C'est précis, sobre et virtuose, et ça transpire le feeling. On retrouve du grand Al Green. Sa voix, intacte, toute en nuances, fait à nouveau des merveilles, dans un ensemble très homogène de chansons signées par l'équipe, aux tempos plutôt lents ou moyens, et qui se bonifient au fur et à mesure des écoutes successives.

Les guest-stars ne sont ni envahissantes, ni trop nombreuses : on retrouve les néo-soulmen Anthony Hamilton (sur le morceau-titre et  le très groovy You've Got the Love I Need) et John Legend (sur Stay With me), ainsi que la délicieuse petite Anglaise Corinne Bailey Rae ( ah, sa façon de sussurrer "do you remember, baybe, when we used to take our time"...) sur Take Your Time, ballade idéale pour faire des bébés…

Il y a comme ça dans l'histoire de la musique des styles qui touchent à la perfection. La soul de Memphis en fait partie, et elle n'est pas tout à fait morte grâce à ce disque. Certes, ça ne révolutionnera pas la musique contemporaine, mais ça fait tellement de bien de temps en temps..


Souvenir...Let's stay together :



Nicolas Lejeune

© Etat-critique.com - 26/09/2008