Le dernier livre d’Elif Shafak est sorti chez Phébus. Puissant, fort, encore plus talentueux que les autres. Et pourtant, le sujet n’est pas drôle. Mais l’auteur n’a rien perdu de sa verve et de son extraordinaire talent de conteuse.
Bon, Elif Shafak n’a même pas 40 ans et cet écrivain turc est pour moi l’un des plus grands auteurs de ce début du XXIe siècle.
Sans aucune hésitation. Chacun de ses ouvrages est drôle, original, fort, sensible, juste et pertinent. Ajoutez à cela un style original, un vrai talent de conteuse, une connaissance approfondie de la culture orientale et vous saurez tout ou presque de ce jeune auteur.
Pour ce dernier ouvrage, Lait noir, elle est encore plus étonnante.Car elle traite d’un sujet ô combien difficile : la maternité pour une créatrice, le dilemme face auquel se trouve la future maman, qui sera écartelée entre son œuvre, égoïste, et son enfant, symbole del’altruisme de la générosité.
L’auteur aurait pu sombrer dans le pathos, geindre, se regarder le nombril. Les premières pages sont d’ailleurs un peu difficiles. Mais très vite, elle s’en sort par une pirouette réjouissante et nous voici avec des petites dames rigolotes, des Miss aux noms surprenants, créatures intérieures de l’auteur, qui se disputent ses faveurs et prennent chacune tour à tour le pas sur l’autre. La féminité, l’ambition, la sensualité, l’égoïsme, le sens maternel…
Elif Shafak décrit tous ces états, toutes ces interrogations et bien d’autres dans cet ouvrage à la fois grave, drôle, tendre, déconcertant et intime. Chaque lectrice sera touchée, émue, et se sentira, quoi qu’il en soit, un peu concernée, qu’elle soit mère ou non. Car, au-delà de la maternité, c’est aussi de la place de la femme dans nos sociétés, occidentale comme orientale, que traite l’écrivain. Avec justesse et distance. Et jamais sans humour.
Marie Leon
© Etat-critique.com - 04/03/2010