Plongée dans le quotidien du couturier star de Chanel pour un portrait intime qui fait émerger un homme hors du commun, mais humain. Tellement humain.
Curieusement, Karl Lagerfeld, homme médiatisé s’il en est, a toujours refusé de faire l’objet d’un quelconque documentaire. Aucune biographie autorisée non plus pour ce personnage exceptionnel, gourou de la maison Chanel depuis son arrivée au début des années 80. Et si lui-même travaille depuis des années à un journal, c’est avec la volonté affirmée qu’il ne soit publié qu’après sa mort.
Cette pudeur et cette discrétion, anachroniques au possible pour la star internationale qu’il est devenu, sont aujourd’hui mis à mal par le cinéaste et documentariste (Défense d’aimer, Ceci est mon corps) Rodolphe Marconi.
En “partageant la vie” de Karl Lagerfeld durant plusieurs semaines, il a su construire une complicité, une intimité même, qui lui ont ouvert toutes les portes du Lagerfeldland. Son hôtel particulier parisien, son domaine près de Biarritz, son jet privé et jusqu’à ses “amis” people (Caroline de Monaco, Nicole Kidman...).
Pourtant, malgré le strass et les paillettes, c’est un homme et une vie loin des fantasmes sur papier glacé que l’on découvre. Un homme seul (mais qui revendique sa solitude), un homme drôle (mais dont la mélancolie affleure souvent), un homme lucide (mais qui vit à des années-lumière des préoccupations du commun des mortels).
Malheureusement, si ce travail de dévoilement est toujours passionnant - parce que le “sujet” lui-même est complexe -, le travail de Rodolphe Marconi, soutenu par 150 heures de tournage, ressemble trop souvent à un making of un peu bâclé.
Coup de ciseaux intempestif, ici. Montage cousu de fil blanc, là. Flou pas toujours très artistique, ailleurs... Le portrait qui résulte de ce travail semble devoir autant au hasard qu’à l’intention délibérée. Jusqu’aux séquences d’interview bienveillante auxquelles se prête patiemment Karl Lagerfeld et qui ressemblent furieusement aux prestations désastreuses d’un Raphaël Mezrahi des grands jours.
On se contentera donc de quelques bribes d’intimité dévoilées et de tranches de vie souvent anecdotiques, parfois cocasses, mais qui valent toujours plus par leur rareté que par leur pertinence.
Joel Fomperie
© Etat-critique.com - 15/10/2007