Rares sont les cinéastes qui ont foi en l’humanité. Et c’est de cette rareté que l’histoire d’une fanfare de la police égyptienne en plein désert israélien tire sa force. Si les conflits entre le monde arabe et le monde juif ne trouvent pas d’issue dans ce film, l’espoir transfigure le récit.
On reproche au Festival de Cannes de mettre en avant des pièces d’auteurs sombres et hermétiques. Si les palmes reflètent souvent cette vision du cinéma, la sélection Un Certain Regard porte fréquemment de magnifiques projets comme ce premier long-métrage d’Eran Kolirin, réalisateur israélien d’une trentaine de printemps. Après avoir savouré « Et toi, t’es sur qui » et « Nous, les vivants », le public français va pouvoir se délecter dans ce cru 2007 de « La visite de la fanfare ».
Comme il est rappelé en introduction, cette histoire est insignifiante et peu de gens s’en souviennent. Paradoxalement, c’est pour cette raison qu’on peut en attendre beaucoup.
Un petit orchestre en uniforme, censé inaugurer un centre culturel arabe, se retrouve perdu en terre étrangère. La ville dans laquelle ils échouent malgré eux est une ville morte. Les habitants les accueillent avec une bienveillance mêlée de curiosité non dissimulée. Ils passeront un jour et une nuit ensemble et découvriront que les différences peuvent les rapprocher face à l’Histoire qui les éloigne.
Ce film parle de communication à travers l’universalité d’une langue (l’anglais) et surtout de la musique. Ce film parle de l’héritage culturel qui est également une part importante du processus de l’apprentissage de l’autre. Ce film parle de l’amour et de l’amitié qui sont les vecteurs de l’appropriation d’autrui, quel qu’il soit. Ce film ne parle de rien, et donc de tout.
Il n’y a pas de message politique, pas de justification d’une guerre d’idéaux où la haine est méticuleusement transmise aux nouvelles générations, pas de préjugés. Malgré l’absurdité de cette situation, le naturel semble envahir les personnages comme si la solitude et le sentiment d’abandon ne se révélaient qu’en présence de l’autre.
Nous assistons à la consécration d’un cinéma de l’humilité dont il faudrait prendre exemple en France tant nous ne sommes pas capable de donner autant au spectateur avec si peu.
Au travers de scènes parfois graves mais souvent drôles, les acteurs, magnifiques, font oublier qu’ils ne sont, pour la plupart, pas des professionnels. La réalisation n’est pas en reste : le cadrage très statique apporte en sobriété et si le dynamisme est maintenu grâce à un montage d’une simplicité quasi pédagogique, on en redemande encore tant il en ressort une originalité maîtrisée.
À ne pas laisser passer en ces temps de fêtes où la notion de partage paraît étrangement absente, dans une société qui a oublié où se situe la vraie richesse. Sans être moraliste, cette visite de la fanfare accomplit cet exploit en nous le rappelant, très simplement.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 24/12/2007